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Quand elle a quitté le violon pour l’alto, Marina Thibeault venait de trouver son instrument, celui dont elle voulait jouer. Dans une épopée toute féminine de la musique pour alto du 19e siècle au 21e, l’altiste interprétera des chefs-d’œuvre écrits pour cet instrument lors de son concert à L’Anglicane le 25 mai, accompagnée de la pianiste Janelle Fung.

L’alto est un instrument proche de la voix humaine, dans un registre «chaleureux» situé entre le violon et le violoncelle. «C’est comme si les deux s’étaient mariés et avaient fait cet enfant», illustre l’altiste Marina Thibeault, sacrée Révélation Radio-Canada Classique 2016-2017 entre autres distinctions.

Au fil des derniers siècles, l’instrument a surtout été utilisé comme accompagnement aux époques baroque et classique. «À cause de sa grande taille, il était énorme, il était souvent mal manié et ça ne sonnait pas très bien.»

Trop gros, trop inconfortable, l’instrument n’a pas bonne réputation. Des artistes talentueux vont toutefois remettre l’alto en lumière tels que William Primrose, Lionel Tertis et Rebecca Clarke. «Ça a inspiré plusieurs grands compositeurs à écrire du grand répertoire pour l’instrument comme soliste», note Marina Thibeault.

À ses débuts, Marina Thibeault choisit le violon. «J’avais un voisin violoneux et j’ai commencé à jouer du folklore.» En fait, elle ne connaît pas encore l’existence de l’alto. Étudiante au conservatoire, la jeune fille côtoie peu d’altistes, rares parmi les musiciens.

À 15 ans, elle entend jouer de l’alto pour la première fois au Domaine Forget de Charlevoix. Marina Thibeault se demande aussitôt pourquoi elle joue du violon alors que l’alto se révèle être l’instrument par lequel elle veut s’exprimer et chanter. «Les instrumentistes, tout ce qu’on veut c’est chanter avec notre instrument.»

Des compositrices de talent

Au-delà de la musique mais toujours grâce à son art, Marina Thibeault joue au diapason des changements sociaux, particulièrement ceux qui touchent les femmes afin de leur ouvrir la voie vers davantage de reconnaissance et de nouvelles perspectives.

Elles, son second disque qu’elle interprètera pour la première fois dans la région et pour une unique représentation, rassemble plusieurs chefs-d’œuvre écrits pour l’alto.

Particularité de ce programme, sa sélection ne contient que des pièces composées par des femmes, dont le talent ne laisse plus de place aux considérations de genre : Clara Schuman, Fanny Hensel, Nadia Boulanger, Rebecca Clarke, Lilian Fuchs et Anna Pidgorna.

«Je voulais m’assurer que ce n’était pas juste un concept idéaliste. Les œuvres sont sur cet album d’abord parce que c’est de la grande musique. Et aussi, elles ont été écrites par des femmes», souligne la musicienne.

Ce qui ne leur a pas toujous valu d’être reconnues à la hauteur de leur talent. Compositrice et altiste, Rebecca Clarke a été freinée dans sa carrière, comme l’explique Marina Thibeault. Lauréate d’un deuxième prix pour sa Sonate pour alto et piano, «elle avait failli gagner le premier. Mais c’était tellement extraordinaire comme œuvre que les juges croyaient qu’un homme avait utilisé un pseudonyme de femme et l’avaient pénalisée pour ça.» Et, ses œuvres programmées au Carnegie Hall l’ont été sous pseudonyme masculin, rappelle-t-elle.

«Je veux lui donner la valeur que j’aurais aimé qu’elle reçoive il y a longtemps. Je veux la faire rayonner dans un univers qui ne l’a pas propulsée où elle aurait dû aller.»

Si de plus en plus de compositrices sont programmées, «le danger c’est qu’on ne les voit pas comme les compositeurs, que ce soit juste un thème, du marketing. En choisissant des compositrices, on inspire les jeunes compositrices à continuer dans leur voie».

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