Une présentation de
Société • Communauté • Santé
Un documentaire pour un entendeur de voix de Lévis
Publié le 25 janvier 2017 08h19

Serge Tracy n'a pas toujours vécu en harmonie avec les voix qui l'habitent. Après cinq dépressions majeures, où il a dégringolé jusqu'en psychose, le Lévisien est toutefois parvenu à reprendre le dessus, notamment grâce au soutien des groupes d'entraide pour entendeurs de voix. Désormais conférencier et auteur, le psychologue de formation aura l'occasion de démystifier sa réalité en participant à un film réalisé par le documentariste français Olivier Zabat.

Par Mariane Bergeron-Courteau
marianebergeroncourteau@journaldelevis.com

Les deux réalisateurs du projet, Olivier Zabat et sa conjointe Emmanuelle Manck, ont rencontré Serge Tracy en octobre dans le cadre du Congrès mondial des entendeurs de voix, qui se tenait à Paris. Le Lévisien était présent à l'événement notamment pour offrir trois conférences à titre d'ambassadeur pour le Réseau d'entendeurs de voix québécois. 

Serge Tracy a attiré l'attention des deux documentaristes par sa capacité à communiquer ce qu'il vit avec doigté, spontanéité, humour et distance, bien qu'il ait grandement souffert par le passé en raison de ces voix qui le suivent partout où il va. Le couple français travaillait déjà sur un projet mettant en lumière l'interprétation singulière de certaines personnes envers leur environnement. 

«Serge a cette énorme force de pouvoir communiquer sur sa perception du monde, non seulement d'une manière intelligible, mais surtout par son énergie de vie, par une capacité de communication humaine très chaleureuse et spontanée», explique Olivier Zabat, qui est en tournage à Lévis pour une dizaine de jours.

De son côté, le principal intéressé admet qu'il ne s'attendait aucunement à être approché par des documentaristes. Néanmoins, il s'agit pour lui d'une suite logique à son rôle d'ambassadeur du Réseau d'entendeurs de voix, mais surtout d'une chance unique de parler de sa condition, qui est encore aujourd'hui rattachée à bon nombre de préjugés.

«C'était comme un rêve, j'avais de la misère à y croire. C'est un exercice intéressant pour moi. […] Mon but, sur le plan humain, c'est de toucher le plus d'entendeurs de voix possible pour faire savoir que les groupes de soutien existent», relate Serge Tracy, pour qui l'adhésion à ces rassemblements a fait une grande différence dans l'acceptation de sa situation.

Acceptation, puisque les voix sont toujours présentes, plus de 15 ans après leur apparition. L'ex-psychologue a l'impression d'avoir constamment entre trois et sept voix autour de lui qui se relaient ; certaines disparaissent, d'autres naissent. Voyant qu'il ne peut les faire taire à jamais, il consent maintenant à partager son quotidien avec ces entités qui font désormais partie de sa vie.

«J'ai appris à vivre avec mes voix de façon plus harmonieuse et plus calme. Je parle à mes voix, je les encadre. Je leur dis ce qui est acceptable et ce qui est inacceptable. Si tu ne me respectes pas, je ne te respecte pas. Si tu me respectes, je te respecte. Il y a tout un échange», partage Serge Tracy.

Le projet cinématographique d'Olivier Zabat et d'Emmanuelle Manck porte le titre temporaire de Percepts (La voix de Julia). Produit par Les Films d'ici, le documentaire s'inscrit dans une démarche longue où le scénario s'écrit de lui-même de par l'interaction entre le sujet et les réalisateurs. L'idée est née d'une rencontre avec une jeune Parisienne, Julia, qui à un moment de sa vie a commencé à se sentir oppressée par des présences se manifestant via les appareils électroniques de son appartement.

Au départ, en raison de la perte de repères et de la douleur vécues par cette Française dans la mi-vingtaine, le travail de captation passait nécessairement par l'expression de la souffrance. Cette perception a toutefois évolué au fil de la démarche.

«Ce que je découvre avec l'avancement du projet, c'est que cette souffrance côtoie aussi une très grande capacité de partage, ce qui me permet d'envisager un film où on ne regarde pas une psychose uniquement par le filtre de la souffrance, mais aussi, comme le montrent les entendeurs de voix, par une force philosophique collective qui neutralise systématiquement la psychose et la souffrance», conclut Olivier Zabat. 

Crédit photo : Courtoisie
Événements & divertissement
Recevez notre bulletin
Recevez toutes nos nouveautés automatiquement. Nouvelles, concours, coupons rabais, alertes...

Abonnez-vous ici
Devenez bénévole
Le bénévolat... Une précieuse ressource !
Offre d'emplois, services offerts,
nouvelles et bien plus...

Venez nous rencontrer