Depuis le 21 juin, Lévis compte cinq nouvelles œuvres de plus sur son territoire, au lieu historique national du chantier A.C. Davie, au centre d’artistes en art actuel Regart et à la bibliothèque Pierre-Georges-Roy. Certaines sont vouées à rester, d’autres sont éphémères ou encore devront être désinstallées avant l’automne.

Œuvre double du duo d’artistes Cooke-Sasseville, Les Gardiens ont été inaugurés le 21 juin à Lévis et Québec, en présence de Jean-François Cooke, de Pauline Lebœuf, conseillère à la culture à la Ville de Lévis et de Brigitte Duchesneau, conseillère municipale de Lévis en charge de la culture. L’une est située au lieu historique national du chantier A.C. Davie, l’autre lui fait face sur la rive opposée, place des Canotiers.

Les deux sculptures ont été financées dans le cadre d’un programme du Conseil des arts du Canada. Ce sont les artistes eux-mêmes qui ont proposé ce projet à la Ville. Les deux structures cylindriques de près de sept mètres de hauteur, surmontées d’un œil coiffé d’un chapeau de matelot resteront pendant trois mois.

1 % des projets architecturaux pour les arts

Grâce à la Politique d’intégration des arts à l’architecture et à l’environnement des bâtiments et des sites gouvernementaux et publics, les équipements de la Ville bénéficiant d’une subvention du gouvernement du Québec doivent consacrer 1 % du montant à l’acquisition d’une œuvre d’art, réalisée selon un processus d’appel à projets. Ainsi, la bibliothèque Pierre-Georges-Roy a vu le 5 juillet une sculpture de François Mathieu être installée dans son enceinte. 

Habiter l’espace public

De son côté, le centre Regart crée l’événement et sort de ses murs pour sa programmation d’été, afin de mettre à profit la situation géographique du lieu et habiter l’espace de la Traverse avec des œuvres d’art contemporain. Trois installations monumentales des artistes Wartin Pantois, Patrick Cruz et Giorgia Volpe ont été dévoilées lors du vernissage, le 6 juillet dans la galerie, en vitrine, sur sa façade et dans l’espace public.

 

SIX ARTISTES, SIX ŒUVRES

 Échange de regards entre deux rives

(Les Gardiens, Cooke-Sasseville, œuvre située au lieu historique national du chantier A.C. Davie)

«On en retrouve partout sur les bords du Saint-Laurent. C’est chargé de sens et de symboles, la sécurité, le calme après la tempête…Il y a un côté rassurant aux phares. On avait proposé de faire notre projet sur les traversiers, mais il y avait plein de règles à respecter. C’était compliqué. Donc, on voulait garder le lien que le traversier fait entre les deux rives. On avait déjà travaillé dans ce sens avec l’œuvre L’attraction installée à la gare fluviale de Lévis. On s’est trouvé deux terrains de chaque côté, on est à exactement un kilomètre à quelques mètres près. On souligne le lien entre les deux rives avec ces deux phares. On s’amuse à dire qu’on orchestre un échange de regards entre les deux rives. Le phare est construit pour être vu, mais sert à voir. L’œil se retrouve beaucoup dans les vieux tatouages de marin. On donne des pistes, mais c’est ensuite aux gens de se faire leur propre histoire», invite Jean-François Cooke.

Sur la photo : L’artiste Jean-François Cooke a présenté le Gardien installé à Lévis, l’autre se trouvant de l’autre côté du fleuve, qu’il a réalisé avec son complice créatif Pierre Sasseville.

Jusqu’à effritement... 

(La Fabrique des perdants, Wartin Pantois, œuvre située sur la façade du centre Regart)

C’est le temps que restera le collage réalisé par le street artiste et créateur engagé de Québec Wartin Pantois, à partir de ses photographies de danseurs. La Fabrique des perdants présente des humains en concurrence, qui usent de stratagèmes pour en supplanter d’autres, illustration de la société de compétition.

«Chacun tente de monter. On ne sait pas trop dans quel but, mais c’est une aspiration qu’on intériorise dans la vie. C’est une logique contemporaine qu’on ne remet pas forcément en question. On peut se demander s’ils s’aident ou s’empêchent d’avancer. Là où il y a de la compétition, il y a des perdants. En bas, il y a des gens qu’on peut imaginer tombés d’en haut. Eux n’adhèrent pas à cette logique, se créent leur propre monde et s’entraident», raconte l’artiste.

Sur la photo : La Fabrique des perdants de Wartin Pantois a été installée sur la façade du centre Regart par l’artiste de Québec et un bénévole lévisien passionné d’art.

Un langage fictif

(Surrender to Mastery, Patrick Cruz, œuvre présentée dans la galerie du centre Regart)

Il est venu de Toronto produire son œuvre Surrender to Mastery directement sur les murs et le sol du centre Regart. Patrick Cruz, a dessiné à l’encre faite de carburant des motifs rappelant l’écriture philippine précoloniale et jonché le sol de cartons peints de couleurs vibrantes, sur lesquels les visiteurs doivent marcher pour découvrir cette œuvre immersive. 

«Je m’intéresse à l’idée de globalisation. Le carburant est l’ingrédient principal de tous les échanges autour du globe. Les images que j’ai peintes, sont des symboles inspirés de ma propre culture. Aux Philippines, nous avons eu notre propre écriture, mais à cause de la colonisation et la modernité, ce langage a disparu. Pour moi, c’est une façon de m’en réclamer, mais c’est aussi un langage fictif. Cette crise de la modernité est représentée par les cartons sur lesquels on marche. Ces boites sont les enveloppes dans lesquelles les produits circulent, comme les migrants. Je parle de la relation des humains, des produits et du capitalisme.»

Sur la photo : Le Torontois a recouvert les murs de motifs rappelant l’écriture philippine précoloniale.

Des œuvres vivantes

(Insurrections végétales, Giorgia Volpe, installations situées à proximité et dans la vitrine du centre Regart)

Au détour d’un stationnement, une roulotte remplie de végétaux visibles au travers des fenêtres est à l’arrêt. À proximité de Regart et dans la vitrine du centre, l’artiste Giorgia Volpe explore les notions de déracinement, de migration et d’enracinement dans ses installations Insurrections végétales

Inspirée par la biologie, elle utilise le vivant pour construire ses œuvres. D’une cueillette de végétaux survivant aux conditions extrêmes au bord du Saint-Laurent avec le public, elle a créé une friche dans laquelle les plantes déplacées devront s’adapter pour survivre. «On crée des métaphores entre l’humain, le vivre ensemble, l’habitat, les migrations… Ce sont des risques que l’humain court en société et que les plantes nous montrent.» 

Sur la photo : Giorgia Volpe a installé un espace où les végétaux évoquent la notion de déracinement.

Dans la continuité des savoirs

(Pour faire connaissance, François Mathieu, œuvre située devant et à l'intérieur de la bibliothèque Pierre-Georges-Roy)

Pour faire connaissance de François Mathieu, dont l’atelier est à Saint-Sylvestre de Lotbinière, a été installée le 5 juillet à la bibliothèque Pierre-Georges-Roy, à Lévis. La partie métallique a été fabriquée par le chaudronnier d’art Bernard Parquet. «J’aime considérer que le lieu où l’œuvre va arriver fait partie de la proposition artistique. Dans un premier temps, on est dans une bibliothèque et, dans un deuxième temps, l’œuvre avait été commandée pour être à l’extérieur, mais avec la possibilité de déborder à l’intérieur», note l’artiste.

L’arc, qui se poursuit d’un côté à l’autre, évoque les connaissances qu’on acquiert sur la base de celles antérieures, créant une continuité dans les savoirs. L’œuvre est composée de plaques de laiton et d’une matrice en bois, qui, plus fragile aux intempéries, a été installée dans l’édifice. 

Sur la photo : François Mathieu a pensé son œuvre en fonction du lieu où elle se trouve.

Dernier au revoir avant le départ

(L’extracteur de couleurs, Ludovic Boney, œuvre partie pour Sept-Îles)

L’extracteur de couleurs de Ludovic Boney, réalisé dans son atelier de Lévis, a pris la route pour Sept-Îles. L’artiste a ouvert les portes au public afin de donner l’opportunité à chacun de venir voir son œuvre avant qu’elle parte, le 27 juin. Entre machine infernale et curiosité mécanique, elle fait référence au centre de formation professionnelle.

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