Jiali et Gwen racontent comment elles ont créé des liens. CRÉDIT: CAROLINEMARTEL

Après avoir donné naissance à un petit garçon, Gwen Bobbé a perdu six bébés. Trop pour la maman. Avec son conjoint, ils décident d’adopter une petite fille. La maman et sa fille Jiali Côté publient un livre où elles racontent, aux côtés d’autres témoignages, comment elles se sont apprivoisées mutuellement.

Le 19 octobre 2009, Gwen serre Jiali dans ses bras pour la première fois. La petite fille vient de passer six heures dans un train de nuit accompagnée par le personnel de l’orphelinat. Elle est complètement déboussolée.

«Elle m’a pris. Elle s’est accrochée, mais pas attachée. Accrochée. Et elle ne m’a plus jamais lâchée», se souvient Gwen avec émotion.

L’attachement viendra, mais plus tard. D’abord, il faut apprendre à se faire confiance. «Jiali, au début, elle ne m’apprivoisait pas, raconte sa maman. Moi, je l’ai adoptée tout de suite. Mais elle aussi devait m’adopter.»

La petite fille d’à peine deux ans a une fente labio-palatine, c’est-à-dire une ouverture au niveau de la lèvre qui peut se prolonger jusqu’au palais. Une fois opérée, cette fente disparaît. 

À l’hôpital, Gwen ne quitte pas Jiali. «Elle a vu que j’étais là. Et que je restais là. Et que je dormais là.» Alors, l’attachement commence à naître. Depuis l’arrivée de Jiali à Lévis, sa maman met tout en œuvre pour que le lien se tisse entre elle et sa fille.

Elle la change, la nourrit, la garde dans ses bras autant que possible. «Je l’ai beaucoup protégée», précise Gwen qui se rappelle avoir créé «un cocon», autour d’elles. 

«C’est tout ça qui a fait que Jiali, à un moment donné, s’est abandonnée et m’a fait confiance. Elle a dit ok et m’a choisie comme maman, constate Gwen. Elle avait besoin de ma présence et de temps de qualité pour s’attacher à moi.»

Vivre avec une blessure

Pour souligner les moments importants de l’histoire de Jiali, Gwen instaure ce qui sont pour elles des rituels, une façon de préserver le lien avec les racines de sa fille et de lui permettre d’exprimer ce qu’elle ressent.

«Le 11 février, on allume la chandelle chaque année. C’est le jour où ma mère m’a laissée dans un champ. Je dis ce que je veux de bon pour elle et après, quand je la souffle, c’est comme si ça s’envolait pour elle», confie Jiali.

Si la jeune fille, qui est maintenant âgée de 11 ans, a accepté que sa maman de Chine ait dû la laisser car elle ne pouvait pas s’occuper d’elle, Jiali a vécu durement la séparation. «Je m’ennuyais d’elle», reconnaît-elle. Petit à petit, elle et sa maman du Canada s’apprivoisent.

«Si je la rejetais toujours, j’allais avoir personne pour me comprendre et lui dire plein d’affaires»,  explique Jiali. Alors chacune des deux femmes trouve sa place dans son cœur. «Je sais que je les aime. Moitié, moitié, illustre Jiali. Ma mère ici, c’est elle qui m’a tout appris. Mon autre mère, c’est elle qui m’a mise au monde. Sans elle, je ne serais pas là.»

«Il faut que tu sois prêt à ce que ton enfant ait une blessure. Il ne faut pas le prendre personnellement, ça n’a rien à voir avec toi, ajoute Gwen. L’amour ne guérira pas tout. Il faut accepter cette blessure et en parler avec son enfant.» La maman a trouvé dans cette acceptation un chemin pour traverser l’épreuve positivement.

Un livre à plusieurs voix

Des hauts et des bas. Beaucoup d’amour. Des grosses crises. Toutes ces pièces font partie du processus d’adoption. Parce que Jiali et Gwen ont dû s’apprivoiser l’une et l’autre, c’est de ça qu’elles ont choisi de parler dans leur livre. «De là, est né le titre.»

Chaque dimanche matin vers 10h, mère et fille vont dans un Starbucks et parlent de ce processus d’adoption traversé ensemble. 

«Ma fille prenait un thé aux agrumes ou un chocolat chaud. Moi, je prenais mon café vanillé. Je lui disais ce que j’avais écrit et elle me répondait, se souvient Gwen. J’ai pris tous les mots qu’elle m’a dit et je les ai reproduits en intégral. C’est sa version.»

C’est Jiali qui a eu l’idée d’écrire ce livre. À son tour, elle a eu envie de vivre cette aventure avec sa maman, qui avait publié deux ouvrages. De leurs échanges a germé d’idée de greffer à leur histoire, 19 autres témoignages recueillis auprès d’autres parents ayant adopté. 

Santé mentale, dépression, maladie, vie de famille, choisir entre l’adoption d’un enfant ou une fratrie, l’attachement, adopter quand on est sourd, S’apprivoiser mutuellement : l’adoption couvre vingt thèmes. Dans cet ouvrage à plusieurs voix, les parents partagent leurs expériences et l’enfant y met son grain de sel, le tout accompagné d’anecdotes.

Quant à Jiali, elle espère que le livre répondra aux questions que se posent les gens sur l’adoption. Un jour peut-être, la jeune fille se dit qu’elle aussi aimerait adopter un enfant. «On s’aide mutuellement. Jiali avait besoin de parents et moi, j’avais besoin d’un enfant», conclut Gwen. 

S’apprivoiser mutuellement : l’adoption est disponible auprès de Gwen Bobbé sur commande à bobeecote@yahoo.ca.

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