mercredi 28 janvier 2026
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Infrastructures municipales : l’explosion des coûts n’est pas économique, elle est politique

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19 janv. 2026 07:00

Le coût des infrastructures municipales a effectivement augmenté. C’est normal : les matériaux et la main-d’œuvre évoluent avec le temps. Cependant, attribuer ces facteurs comme cause «d’explosion» est malhonnête. Loin d’être causée par des facteurs externes, cette explosion résulte avant tout de choix politiques, de standards démesurés pour flatter l’ego et de projets souvent surdimensionnés. Ce qui pose problème, ce ne sont pas les prix eux-mêmes, mais les justifications utilisées pour les expliquer. Trop souvent, élus et fonctionnaires se présentent comme des victimes impuissantes face aux factures qui s’accumulent.

Par Renaud Labrecque

On entend :
«Le coût des infrastructures explose.»
«On n’y peut rien, nous sommes victimes de l’inflation.»

Ces mots, répétés à l’infini, finissent par perdre tout leur sens. Comme vous le savez, utiliser des termes disproportionnés pour dramatiser une situation est devenu courant en politique. Mais soyons clairs : dans cette situation, ils ne sont pas victimes. Au contraire, ils sont les acteurs principaux de cette explosion, mais il est plus facile de blâmer les autres que de se regarder dans le miroir. Vous avez remarqué que les causes invoquées pointent toujours vers ceux qui n’ont aucun pouvoir réel sur la facture, tandis que ceux qui en ont réellement ne sont jamais mentionnés. Étrange, non?

Derrière ce discours se cache une déresponsabilisation consciente. Depuis des années, des choix ont été faits : luxe, excès, démesure et standards visant davantage le prestige que le service public. Construire des bâtiments ressemblant à des châteaux, des routes surdimensionnées avec trottoirs élargis, des pistes cyclables surélevées et des îlots centraux, ne peut que faire exploser la facture. Et pourtant, on continue de présenter des tableaux et des projections pour expliquer qu’il manque toujours d’argent et que le problème serait les revenus, pas les dépenses. Cette approche est non seulement trompeuse, elle met en péril la saine gestion des finances publiques.

La vérité est simple : l’explosion, pas l’augmentation, des coûts résulte de choix politiques, de standards inutilement élevés et de projets complexes, pas de l’économie mondiale ni de l’inflation. Quand je parle de complexité, je ne parle pas du respect des normes qui ont évolué et qui font sens. Je parle du fla fla inutile qu’on rajoute par-dessus tout le reste pour impressionner la galerie. Vos choix sont la cause.

Par le passé, les infrastructures municipales étaient conçues avec sobriété et jugement. Dans les années 80 et 90 et même au début des années 2000, un centre communautaire était simple, fonctionnel et durable. Pas de murs extérieurs en verre, pas de plafonds surélevés, pas de toitures végétalisées. On construisait pour répondre à un besoin réel, pas pour impressionner ni se donner bonne conscience. À l’époque, lorsqu’on apercevait ce type de bâtiment, c’était dans des quartiers de millionnaires, pas sur des immeubles publics financés avec l’argent des citoyens.

Les routes étaient simples et respectaient la capacité de payer des citoyens. L’utilité et la longévité étaient prioritaires et les coûts d’entretien futurs étaient anticipés, contrairement aux projets démesurés d’aujourd’hui. Comparer un kilomètre de route d’hier à un kilomètre d’aujourd’hui, incluant trottoirs surdimensionnés, pistes cyclables séparées, îlots et bacs de plantation, n’a rien à voir avec la route simple et fonctionnelle d’autrefois. Comparer les coûts d’aujourd’hui à ceux d’hier sans tenir compte de la nature réelle des projets est intellectuellement malhonnête.

Aujourd’hui, presque tout est devenu une signature. Piscines, parcs, bureaux municipaux: tout se transforme en projets spectaculaires. La facture n’explose pas parce que la vie coûte plus cher; elle augmente, oui, mais l’explosion découle des choix de ceux qui construisent dans l’excès avec l’argent des autres.

La preuve se trouve dans les petites municipalités; Saint-Apollinaire, Thetford Mines, Saint-Agapit ou même Lévis réalisent beaucoup avec une fraction des revenus des grandes villes. Aucune petite ville ne peut se permettre un tel laxisme sans en payer le prix, politiquement et financièrement.

Il faut savoir distinguer l’ego politique du réel besoin des citoyens. Oui, ces constructions impressionnent et séduisent la population, mais leur a-t-on offert des options plus raisonnables? Non. Pourtant, les citoyens auraient été tout aussi satisfaits d’infrastructures simples et fonctionnelles, sans mur vitré ni poutre monumentale en bois d’ingénierie. Ils savent faire la part des choses, surtout lorsqu’il s’agit de leur argent.

Comme pour une voiture : choisir une Porsche plutôt qu’une Toyota implique une facture proportionnelle au choix.

Chaque mur de verre, plafond surdimensionné ou toiture végétalisée devra être entretenu, et cette facture sera elle aussi plus élevée que pour des choix rationnels. Soyez avisés!

Malheureusement, certains ne construisent plus pour servir; ils construisent pour laisser une trace. L’exemple de l’escalier démesuré à Québec, que certains veulent ressusciter alors que personne n’en parle depuis des années, illustre parfaitement ce manque de rigueur à l’égard des fonds publics. Engloutir des millions pour de la nouveauté plutôt que d’investir dans ce qui existe déjà et qui est sur le point de craquer. Ces projets montrent la tendance à toujours en rajouter, même lorsque personne ne le demande.

Il devient encore plus difficile de dire non lorsque certaines personnes sont prises dans une forme d’hyper-responsabilité émotionnelle, créant artificiellement un sentiment d’urgence pour justifier des projets dont une majorité de citoyens n’a jamais exprimé le besoin réel.

La consolidation des acquis doit redevenir une priorité, même si elle est moins spectaculaire et moins payante pour les fonctionnaires, politiciens et journalistes.

La solution est simple : cesser de se déresponsabiliser. Les décisions prises sont la cause principale de l’explosion des coûts, et ce sont les citoyens qui en paient le prix. Reconnaissez-le. Corrigez-le.

Recommencez à construire avec respect, sobriété et humilité. L’argent dépensé n’est pas le vôtre ; il appartient aux citoyens que vous représentez de façon temporaire, que vous soyez politicien ou fonctionnaire.

Cette approche n’offre ni ruban à couper, ni photo, ni héritage personnel. Elle est moins attrayante pour certains altruistes compulsifs qui ressentent le besoin de faire toujours plus, même lorsque personne ne le demande. Vrai.

Certains me traiteront de populiste... Mais si être populiste, c’est écouter les citoyens et agir comme porte-voix d’une majorité qui souhaite voir son argent mieux géré, alors oui : traitez-moi de populiste.

Mais le vrai problème n’est pas le populisme. C’est le mépris du contribuable. Et les citoyens le voient, le ressentent, et le message commence à circuler de bouche à oreille. Tant mieux si mes propos amènent certains à se questionner.

On réfléchit mieux ensemble.

Cette chronique fait partie de notre section Opinions, qui favorise une pluralité d'idées. Elle reflète l'opinion de son auteur, pas celle du Journal de Lévis.

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