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Lettre ouverte

La laïcité au Québec : et si on parlait davantage de vivre-ensemble?

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Photo : Unsplash - Aaron Burden

04 mai 2026 11:18

La question de la laïcité occupe une place importante dans notre débat public. Elle touche à des réalités sensibles : la neutralité de l’État, la liberté de conscience, l’expression des convictions dans l’espace public. Mais, au fond, elle me renvoie à une question profondément humaine : comment voulons-nous vivre ensemble?

Note de la rédaction : Le Journal de Lévis/Le Peuple Lotbinière n'endosse aucune opinion qui est partagée dans les lettres d'opinion ou ouvertes publiées dans notre section Opinions. Les opinions qui sont exprimées dans ce texte sont celles des auteurs signataires.

Cette question n’est pas théorique pour moi. Ayant grandi dans un pays communiste, j’ai connu ce que signifie le manque de liberté de conscience et d’expression. J’ai compris très tôt que lorsque ces libertés sont restreintes, c’est toute la dignité humaine qui est fragilisée. Cette expérience nourrit mes convictions aujourd’hui : une société juste doit protéger non seulement la neutralité de ses institutions, mais aussi la capacité des personnes à exprimer ce qu’elles sont, dans le respect des autres.

Le Québec a profondément transformé son rapport à la religion depuis la Révolution tranquille. Cette évolution s’est construite à partir d’un héritage réel, façonné notamment par l’engagement des communautés religieuses dans le domaine de l’éducation, la santé et l’action sociale. Ces assises ont contribué à bâtir les institutions publiques que nous connaissons aujourd’hui. La laïcité de l’État s’est affirmée progressivement dans cette continuité, comme une manière d’assurer que l’État serve tous les citoyens de façon équitable.

Je suis convaincue que la laïcité ne peut pas se réduire à un cadre juridique. Elle est aussi une culture, un équilibre fragile qui exige discernement, écoute et respect.

Dans mon rôle à la Fondation du Grand Séminaire de Montréal, je constate chaque jour que les communautés de foi, comme de nombreuses organisations de la société civile, contribuent concrètement au bien commun : accompagnement des personnes vulnérables, accueil des nouveaux arrivants, engagement auprès des jeunes. Ainsi, les convictions spirituelles ou morales ne sont pas uniquement des opinions privées; elles peuvent être de puissantes sources d’engagement et de solidarité. Reconnaître cette réalité ne remet pas en cause la laïcité de l’État. Au contraire, cela rappelle que le bien commun se construit avec la participation de tous.

Les réflexions de plusieurs évêques québécois sur la clause dérogatoire et les droits fondamentaux, notamment la liberté religieuse et la liberté d’expression, me touchent particulièrement. Elles rappellent que l’équilibre entre neutralité institutionnelle et respect des libertés individuelles reste fragile et mérite une attention constante.

Le Québec a une occasion unique de montrer qu’il est possible de conjuguer une laïcité réelle avec une ouverture authentique à la pluralité des convictions humaines. Ces deux exigences ne s’opposent pas, elles se complètent.

Je souhaite que les débats sur la laïcité nous rapprochent plutôt qu’ils ne nous divisent. Qu’ils deviennent des espaces de dialogue plutôt que des lieux d’affrontement. Une société confiante n’est pas une société qui efface les différences, mais une société capable de les accueillir tout en cultivant ce qui nous unit : la dignité de chaque personne, la solidarité et le respect mutuel.

Le vivre-ensemble ne se décrète pas par des lois seules. Il se construit, jour après jour, par la rencontre, l’écoute et une volonté sincère de se comprendre.

Alexandrina Diac
Directrice générale
Fondation du Grand Séminaire de Montréal

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