«Ma pièce touche autant la conservation du patrimoine que la mémoire en général et le territoire. L’aspect qui prend le plus de place, c’est la mémoire. Comment pouvons-nous habiter le territoire en conservant nos histoires? Dans ma pièce, je parle du fait que nous sommes en train d’oublier cette histoire», raconte Mme Charest.
Il y a un peu plus de trois ans, elle a découvert par hasard une enveloppe contenant des coupures de presse et des photos de la tragédie à la bibliothèque d’Issoudun. En discutant avec ses grands-parents, notamment son grand-père qui a été un témoin direct alors qu’il n’avait que 12 ans, elle a commencé à s’intéresser à cette histoire oubliée.
Pour la créatrice, le temps est compté, les témoins disparaissent peu à peu. Elle souhaite recueillir d’autres témoignages afin de bonifier son récit. «J’ai quelques entrevues, beaucoup d’archives de journaux que j’ai lues et épluchées, mais les éléments recueillis sont souvent contradictoires. Il faut que je réussisse à déterminer ce qui est vraiment arrivé.»
Une chance de concrétiser son projet
«L’auteur est la personne qui joue le rôle principal dans la pièce. Donc, je raconte ce qui s’est passé et mon rapport à l’événement. Ça joue un peu sur l’urgence de raconter alors que ceux qui étaient là partent tranquillement», a-t-elle résumé.
Émilie Charest a écrit le premier jet de Dérive alors qu’elle étudiait au cégep. Celle qui habite à Montréal a maintenant une chance de concrétiser son projet. Elle fait partie de la plus récente cohorte de jeunes créateurs que l’organisme dédié au théâtre documentaire, Porte-Parole, parraine.
Elle a ainsi l’occasion d’assister à des ateliers et de recevoir du mentorat pour l’aider à créer une version raccourcie de sa pièce qu’elle présentera à un jury en mai prochain. Si son projet est retenu, elle profitera d’une bourse de 10 000 $ pour le mener à bien.
Pour la jeune femme, il s’agit d’une occasion en or de se faire connaître dans le milieu. «Contrairement à un livre, tu ne peux pas publier une pièce de théâtre. Tu ne peux pas chercher un éditeur. Quand tu as une pièce entre tes mains et que tu n’es pas dans le milieu, c’est compliqué de propulser son projet», conclut-elle.