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Dossier itinérance

Un phénomène bien présent à Lévis

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Sur la première photo : Plusieurs personnes itinérantes à Lévis dorment à la belle étoile près de lieux publics, comme la Terrasse de Lévis. Photos : Érick Deschênes

16 nov. 2023 07:07

Si cette problématique est plus importante dans de grandes villes comme Montréal, l’itinérance occupe plusieurs organismes communautaires dans la région. Et malgré sa croissance économique qui perdure depuis plusieurs années, Lévis voit aussi le nombre de personnes itinérantes sur son territoire être en augmentation, un phénomène constaté un peu partout au Québec.

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Lors du dénombrement des personnes en situation d’itinérance visible au Québec réalisé le 11 octobre 2022, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) estimait le nombre de personnes en situation d’itinérance en Chaudière-Appalaches à près de 300 personnes. Selon le MSSS, il s’agit d’une augmentation de 16 % comparativement au même exercice mené en 2018.

Offrant des services directs aux personnes se retrouvant sans domicile, la Société de réadaptation et d’intégration communautaire (SRIC) et le Centre d’aide et prévention jeunesse (CAPJ) ont d’ailleurs constaté une augmentation du nombre de personnes itinérantes dans la région au cours des dernières années.

«L’hébergement d’urgence que nous avons ouvert il y a un an au Refuge Roger-Cantin et qui offre six chambres par nuit commence à rouler à pleine capacité et on doit même refuser du monde. Dans notre dernière année d’exercice, il y a 150 personnes en situation d’itinérance différentes qui sont passées au refuge et 300 au 55, côte du Passage, notre ressource d’accueil inconditionnelle en journée», illustre Richard Bégin, le directeur général du CAPJ.

«Le CAPJ est plein et nous sommes aussi pleins à la Maison des Hauts-Bois, avec nos neuf chambres. Pour notre année financière qui s’est terminée en mars 2023, nous avons conclu l’année avec 521 admission, soit près d’une centaine de plus que la précédente année financière, et 743 demandes d'admission. Les demandes d’admission sont pour toutes crises confondues, mais la majorité des personnes hébergées étaient des personnes en situation d’itinérance ou qui ont perdu leur logement», renchérit pour sa part Émilie Larocque, la directrice générale de la SRIC.

 Diverses causes et divers profils

 Rappelant que l’itinérance est provoquée par des «problèmes très complexes», les intervenants communautaires rencontrés par le Journal affirment que plusieurs causes expliquent l’augmentation du nombre de personnes itinérantes dans la région.

Si les conflits familiaux, la consommation de drogue, les problèmes judiciaires et les problèmes de santé mentale poussent entre autres encore des gens à la rue, les crises du logement et des opioïdes ainsi que l’exacerbation de problématiques déjà existantes chez certains en raison de la pandémie ont aussi poussé à la hausse le nombre de personnes itinérantes dans la région.

«Ce sont des gens que l’on croise dans la rue, qu’on croit qu’ils ont des logements et on ne devinerait même pas qu’ils vivent une situation d’itinérance. Il y a beaucoup de gens qui vivent dans leur voiture. L’itinérance est la conséquence d’un problème. C’est rendu très complexe, il y a beaucoup de concomitances», affirme Mme Larocque.

De plus, avec l’augmentation du nombre de Lévisiens d’origine immigrante, les organismes communautaires lévisiens font désormais face à une forme d’itinérance qui n’avait encore jamais été vue en ville.

«Présentement, nos travailleurs de rue qui viennent en aide aux personnes itinérantes accompagnent beaucoup des demandeurs d’asile ou des réfugiés politiques. Ce sont par exemple des mamans avec plusieurs enfants qui sont hébergées pendant un certain temps par des connaissances à Lévis, mais après un temps, elles se retrouvent sans logis. En plus de la barrière de la langue, il n’ont pas de papier, donc ils ne peuvent pas profiter des services gouvernementaux et aucune ressource pour les personnes itinérantes à Lévis ne peut les accueillir. Au moins, on peut les référer au YWCA, à Québec», explique Anne-Marie Roy, directrice générale d’Alliance-Jeunesse Chutes-de-la-Chaudière.

Ces phénomènes transforment donc le visage de l’itinérance à Lévis. Si auparavant les personnes en situation d’itinérance vivaient plutôt de l’itinérance cachée, soit de ne pas avoir de domicile et d’être hébergé chez des proches, l’itinérance est de plus en plus visible en ville.

«On a autant des jeunes dans la vingtaine que des personnes âgées de 60 ans. On voit de plus en plus d’aînés. Il y a beaucoup d’itinérance cachée encore, mais pour les aînés, l’itinérance cachée devient plus difficile puisqu’ils brûlent leur réseau. […] À Lévis, l’itinérance commence à se vivre au grand jour. On voit des gens qui couchent à l’arrière d’un bloc, en dessous de galerie ou dans des boisés», partage Richard Bégin.

 Des mesures à prendre

 Alors que les ressources d’urgence déployées sur le territoire pour venir en aide aux personnes itinérantes sont désormais débordées à Lévis, Richard Bégin, Émilie Larocque et Anne-Marie Bégin croient que plusieurs mesures devraient être mises en place dans la région pour s’attaquer à la hausse du phénomène.

Approche globale des ministères québécois (NDRL : Le 14 novembre dernier, le gouvernement a annoncé l'octroi d'une aide de 235 000 $ pour bonifier l'hébergement d'urgence), mise en place d’un service pour venir en aide aux réfugiés politiques, implantation d’un centre de consommation supervisé, ajout de lits pour les ressources d’accueil d’urgence de personnes itinérantes, implantation d’un parc de maisons de chambre communautaires ainsi que construction de logements sociaux jumelée avec un programme de supplément au loyer permettraient de s’attaquer à la problématique.

«C’est une clientèle qui n’a pas de revenu et qui n’aura pas de revenu avant un certain temps. Les personnes itinérantes sont souvent des personnes sans scolarité, qui ont des problèmes de santé mentale ou physique. Ce sont des gens hypothéqués. Si nous ne sommes pas capables de les loger, ils n’iront pas travailler», image M. Bégin.

De plus, certains intervenants rencontrés par le Journal jugent que la Ville de Lévis pourrait aussi en faire plus. 

«La Ville est comme dans le déni. Pour elle, ça existe, mais c’est la commission de développement social et communautaire qui s’en occupe. On a ouvert quelque chose dans la côte du Passage, on s’en occupe. Pour la Ville, on dirait que ce dossier est sous la responsabilité du ministère de la Santé et des Services sociaux. Ailleurs au Québec, notamment de l’autre bord du fleuve avec le maire Marchand, plusieurs élus sont préoccupés par cette réalité qui frappe de plein fouet leur ville. Un jour, ça va frapper à Lévis», conclut le directeur général du CAPJ.

Sur la deuxième photo : Anne-Marie Roy, Richard Bégin et Émilie Larocque ainsi que leurs collègues travaillent à aider les personnes itinérantes à Lévis.

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