CRÉDIT : MÉLANIE LABRECQUE

Le raisin de table du Québec compte pour moins de 1 % des raisins consommés par les Québécois. Pour les viticulteurs de la province, il est temps que cela change. C’est pour cette raison qu’une vingtaine d’entre eux ont uni leurs forces et ont lancé officiellement la saison du raisin de table, le 17 septembre dernier.

Par Mélanie Labrecque - Collaboration spéciale

«C’est une culture émergente. […] Quelques producteurs ont eu de la difficulté à écouler leur production. Nous nous sommes réunis avec le ministère de l’Agriculture afin de voir ce qui pouvait être fait pour que ce soit plus connu. […] Il faut que les gens sachent que ça existe. Ensuite, ils vont le demander», a expliqué simplement le copropriétaire de Raisin Bio-Vital à Saint-Antoine-de-Tilly, le Lévisien Vital Ouellet.

Les viticulteurs souhaitent donc mettre en valeur la variété de saveurs et de couleurs que l’on retrouve dans la production québécoise. Les raisins sont rouges, verts et bleus avec ou sans pépins et ils ont des arômes rappelant la mangue, la fraise ou l’ananas. On les retrouve dans certaines épiceries et certains marchés publics et il est aussi possible d’en faire l’autocueillette.

Dans Lotbinière, on compte trois producteurs de raisin de table : Raisin Bio-Vital (Saint-Antoine-de-Tilly), le Domaine Small (Sainte-Agathe-de-Lotbinière) et la Ferme St-Noël (Saint-Narcisse-de-Beaurivage).

Un projet de retraite fructueux

En 2014, comme projet de préretraite, Vital Ouellet et Louise Dumont achètent une terre à Saint-Antoine-de-Tilly avec l’idée d’y implanter une culture maraîchère. Alors qu’ils avaient d’abord envisagé de cultiver le bleuet ou la camerise, les résidents du quartier Saint-Nicolas se sont plutôt tournés vers le raisin de table. «C’est une culture inusitée. On a osé et nous sommes fiers de l’avoir fait», a résumé Louise Dumont. Leur vignoble de 2 300 vignes produit annuellement sept tonnes de raisin de cinq cépages différents.

Même s’ils sont enfants d’agriculteurs, ils n’avaient pas d’expérience récente dans le domaine lorsqu’ils se sont lancés dans l’aventure. Ils sont donc retournés à l’école pour suivre les formations nécessaires et se sont assurés d’être accompagnés par une agronome. Malgré tout, il a fallu qu’ils apprennent sur le tas en faisant des essais et des erreurs. «On parle des pratiques culturales comme la taille, la conduite, l’effeuillage et l’essaimage. La première année on était malhabiles, mais on a acquis de l’expérience», a expliqué Vital Ouellet.

Maintenant, ils sont capables de déterminer ce dont la plante a besoin seulement en la regardant. «Au printemps, on s’assoit devant la vigne et on sait ce qu’il faut faire, ce qu’il faut tailler et ce qu’il faut garder», a poursuivi Mme Dumont.

La bonne recette

Rusticité, saveur et facilité de production ont guidé les viticulteurs dans le choix des vignes qu’ils cultivent aujourd’hui.

«À la suite des formations que j’ai suivies, j’avais ciblé une quinzaine de variétés. […] Ce choix était théorique, en fonction de la littérature, mais le choix réel s’est fait en allant acheter plusieurs livres de différentes variétés au Domaine Bel-Chas. Nous avons fait des dégustations avec nos amis et identifié nos préférées», a raconté Vital Ouellet.

D’ailleurs, ajoute Mme Dumont, les propriétaires du Domaine sont devenus en quelque sorte leurs mentors.

Culture biologique

Avant même d’avoir planté une seule vigne, les maraîchers savaient qu’ils s’orienteraient vers une culture biologique. «Nous tenons à la santé, autant à la nôtre qu’à celle des gens autour de nous. Quand nos petits-enfants viennent ici et prennent une grappe de raisin dans le champ, je n’ai pas peur qu’ils soient malades. Ils peuvent en manger comme ils en veulent. C’est vraiment une fierté», a expliqué M. Ouellet.

«La terre que nous avons achetée était en friche depuis au moins 25 ans. Il n’y avait donc pas eu d’intrant chimique depuis des années. Ça a facilité la tâche pour obtenir la certification biologique», a poursuivi Mme Dumont.

Cette première étape franchie, le défi demeure aussi important puisque la culture biologique est soumise à des règles strictes. L’utilisation de produits chimiques pour le contrôle des maladies (dont les maladies fongiques), des insectes et des mauvaises herbes est proscrite.

Le couple s’est tourné vers d’autres stratégies pour protéger ses vignes. Les plants sont recouverts de filets qui empêchent les insectes et les oiseaux d’avoir accès aux fruits. Ils utilisent des fertilisants naturels et des minéraux. Tous ces efforts permettent de créer une bulle de protection autour des vignes. De plus, on retrouve également des îlots de végétaux qui attirent les pollinisateurs, les autres insectes et les oiseaux. «S’ils sont là, ils ne sont pas dans les raisins», a assuré M. Ouellet.

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