Thomas Kleiber et David V. Boivin ont créé un jardin à leur image, où fleurs et légumes se côtoient avec harmonie.

L’un vient de Suisse, l’autre est né au Québec. L’amour a réuni David V. Boivin et Thomas Kleiber, malgré la distance qui les séparait. Ensemble, ils ont décidé de s’enraciner dans la Belle province et y cultivent leur jardin.

S’installer dans un nouveau pays, «ça déracine, complètement». En décembre dernier, Thomas Kleiber arrive de la Suisse pour rejoindre son conjoint et s’installe à Lévis. 

Dans l’esprit du couple, l’idée germe alors d’un projet commun : recréer un jardin, comme celui aménagé par Thomas dans son pays d’origine. Loin de tout ce que qu’il connaît, le nouvel arrivant veut retrouver certaines de ses habitudes pour se sentir chez lui. 

À l’avant de la maison des parents de David, où ils se sont installés le temps que Thomas termine le processus d’immigration «long et laborieux avec beaucoup de paperasse», ils ont planté fleurs, légumes et fines herbes. Les rosiers côtoient les haricots et les oignons, les tournesols couronnent le persil, le basilic et la menthe. 

Une quarantaine de variétés

Beau et «mignon», voilà comment ils ont imaginé leur jardin. Productif aussi, avec une quarantaine de variétés de végétaux qui poussent dans les plates-bandes. Ils ont choisi des fleurs que les papillons et la reine des pollinisateurs adorent, aussi pour rappeler leur importance.  

«L’abeille, tout ce qu’elle veut, c’est une fleur. C’est ce qui va donner les belles tomates. C’est ce qui fait que la fleur va donner un fruit, sinon elle va mourir et puis on aura rien en bout de ligne», illustrent-ils, conscients que «ce n’est pas tout le monde qui fait le lien entre la nourriture à l’épicerie, dans l’assiette et le rôle des insectes».

Cet espace, Thomas et David l’ont conçu à la manière suisse, mais avec des plantes québécoises qui rappellent les végétaux helvètes, puisque les fleurs d’ici ressemblent, à cause du rude climat hivernal, à celles des montagnes. 

«Notre petit bonheur à nous»

«Les gens ne pensent pas à cette possibilité de mélanger les fleurs et les légumes. Ils font le jardin comme ça s’est toujours fait, remarque Thomas. C’est une chance de pouvoir se laisser inspirer par d’autres pays.» 

Dans cet éden de verdure, Thomas est en terrain connu. Il jardine comme il avait l’habitude de le faire dans son pays d’origine. Et s’enracine dans le sol québécois en même temps que son potager pousse et grandit. «C’est notre petit bonheur à nous», confient-ils.

Ce jardin leur rappelle celui où ils ont tenu une seconde cérémonie en Suisse en juillet 2016, après s’être mariés au Québec au mois de janvier de la même année. Tous deux se sont rencontrés en 2015. Quand les premiers échanges de message ont laissé place à d’interminables conversations, David et Thomas réalisent qu’il se passe quelque chose entre eux. 

David commence par rendre visite à Thomas à Zurich, puis décide d’y poursuivre ses études. «J’ai décidé que j’étais la personne qui allait faire le geste de déménager pour donner une chance à la relation, car j’étais plus flexible», raconte-t-il. Il est accepté en sciences environnementales à l’université où, il s’inscrit à la maîtrise. 

C’est finalement au Québec que le couple décide de poursuivre son idylle. Puisque David a déjà vécu un changement de pays pendant un an et demi, Thomas bénéficie de son expérience dans son processus d’adaptation, afin de réagir plus rapidement aux difficultés. Même s’il était venu en visite au Québec, pour lui, tout est nouveau. 

«C’est fatiguant d’être dans un autre pays, car tout est différent. Même les petites choses comme faire des achats, c’est plus compliqué», reconnaît-il. Lui qui a immigré croit que les efforts et l’énergie que ça demande sont sous-estimés. «On considère presque l’immigration comme un voyage, mais c’est tellement différent.» 

Pour immigrer, bien se connaître est un atout. «Certaines personnalités vont avoir un meilleur lâcher-prise, être plus flexibles, partage David. Savoir quelles habitudes et quels éléments de notre vie on veut garder qui sont essentiels. Savoir la routine qui nous rend solide. Tu découvres en te déracinant, ce qui te rendait solide avant et que tu ignorais, ou que tu prenais pour acquis». 

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