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Quand le mythe côtoie la réalité

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31 oct. 2012 09:29

À l'occasion de la fête d'Halloween, le Journal de Lévis a décidé de vous résumer deux légendes qui ont capté l'imaginaire des gens de l'époque. En ce sens, nous tenons à remercier la Société d'histoire régionale de Lévis pour avoir mis l'auteur de ces lignes sur la route du docteur L'Indienne. Merci également à la Société historique de Bellechasse et à l'écrivaine Mireille Thibault pour avoir exposé les détails des excommuniés de Saint-Michel de Bellechasse.

Par Francis Martel
f.martel@journaldelevis.com

Un meurtrier en série à Lévis?

Une trentaine d'années après l'exécution de François Marois, alias le docteur Linguienne ou L'Indienne, une dizaine de squelettes sont trouvés au sous-sol de son ancienne maison située au pied de la côte Bégin à Lévis. (Selon les écrits de Louis Fréchette dans Originaux et détraqués).

Cette découverte a eu pour effet d'alimenter les rumeurs à son endroit.

D'autant plus que, comme le rapporte Vicky Lapointe dans son blogue, Patrimoine, Histoire et multimédia (http://tolkien2008.wordpress.com/), le docteur l'Indienne avouait au moment de sa pendaison avoir commis des crimes encore plus graves que celui pour lequel il allait maintenant mourir.

Ce dernier avait été pendu en face de l'ancienne prison de Québec en 1829 pour le meurtre de François-Xavier Guillemette, commis dans sa résidence de Saint-Jean-Port-Joli. Le docteur, surnommé l'Indienne à cause de sa longue robe noire qu'il portait à la manière des femmes autochtones, n'en était pas à ses premiers démêlés avec la justice.

En effet, en 1824, il est condamné à un an de prison avec un passage obligatoire au pilori pour avoir attaqué et violé un homme de Lévis.

Il réussit toutefois à s'évader avant la fin de sa sentence et s'installe alors au port de Saint-Jean-Port-Joli. (Site internet du Morrin Center)

Mauvaise réputation

Travaillant comme vendeur de remèdes miracles sur la Rive-Sud de Québec, l'Indienne avait une réputation d'arnaqueur et faisait fuir ses voisins.

Dans Légendes de Saint-Jean-Port-Joli, Mgr Léon Bélanger parle d'un homme isolé par la communauté. «Le docteur l'Indienne […] vivait seul dans sa sombre demeure et jouissait d'une bien mauvaise réputation parmi les habitants de Saint-Jean, qui tous le redoutaient et fuyaient son contact comme on fuit un pestiféré ou un lépreux». (p. 76)

L'auteur raconte même que les grands-mères de l'époque utilisaient le nom du docteur l'Indienne pour inspirer le calme aux jeunes esprits turbulents.

Mais à quel moment la légende et l'histoire se confondent-elles? Les écrits ne sont pas clairs à ce sujet, ce qui contribue possiblement à alimenter le mythe.

Alors que Louis Fréchette parle d'un malfaiteur qui «avait la réputation de loger les passants et de les assassiner la nuit pour les voler» (p.213), la découverte des ossements dans son ancienne demeure a eu pour effet de donner de la crédibilité aux rumeurs.

Mais dans ses recherches, Mme Lapointe découvre un article publié dans le Canadien, le 17 juillet 1865, qui relate la découverte d'autres ossements humains à Lévis dans le voisinage immédiat de l'endroit où les premiers avaient été trouvés.

Selon les auteurs de cet article, la trop grande concentration de cadavres dans cette zone restreinte rend plutôt improbable qu'un seul individu soit responsable d'autant de morts.

Mythe ou réalité?

Les excommuniés de Saint-Michel

À l'époque du Régime anglais, cinq habitants de Saint-Michel-de-Bellechasse auraient été excommuniés après avoir défié le clergé. Cette histoire se déroule dans un contexte où la guerre d'indépendance fait rage chez les voisins du sud. Le conflit déborde sur le territoire canadien alors que les rebelles américains prennent le contrôle de Montréal à l'automne 1775 avant de se diriger vers Québec au mois de novembre de la même année.  

Voyant une occasion de se venger de la défaite de 1763, plusieurs Canadiens français deviennent sympathiques à la cause américaine.

Or, Mgr Briand, qui est à la tête de l'église canadienne, a soutiré plusieurs concessions aux Britanniques pour permettre notamment la pratique de la religion catholique sur le territoire.

En conséquence, il a envoyé une directive à tous les missionnaires des paroisses pour que ces derniers prêchent l'obéissance civile envers la couronne britannique.

Ainsi, suivant les ordres, le jésuite Lefranc a introduit dans son homélie devant les paroissiens de Saint-Michel-de-Bellechasse un discours sur l'importance de rester fidèle aux Anglais. C'est à ce moment qu'un certain Pierre Cadrain se serait levé dans l'église pour protester contre les paroles du curé.

En tout, deux femmes et trois hommes, dont possiblement le fils de M. Cadrain auraient adopté cette attitude de défi qui leur aurait coûté l'excommunication.

Le groupe aurait également été exilé dans un rang éloigné du village où ils vécurent misérablement jusqu'à leur mort. Selon la légende, une fois décédés, les rebelles ont été enterrés dans le petit cimetière réservé aux enfants morts sans avoir reçu le baptême. Ceci jusqu'à ce qu'un groupe de villageois viennent les chercher en cachette pour les inhumer dans un petit enclos non béni près de l'église du village.

Depuis, certains soirs de pleine lune, leurs fantômes défileraient, tout de blancs vêtus, autour de l'église en portant sur leur épaule le vieux mousquet qu'ils ont refusé de déposer aux pieds du curé.

Au-delà de la légende

Le Lévisien Gaston Cadrin, qui est le descendant de Pierre Cadrain, mène actuellement une enquête sur cette histoire dont il publiera les conclusions dans un livre qui devrait sortir au printemps prochain.

Le résultat de ses recherches l'amène à croire pour le moment que les cinq paroissiens en question n'auraient pas été excommuniés.

« À ce jour, je n'ai pas trouvé encore d'indications formelles. […] S'ils avaient vraiment été excommuniés, il y aurait eu des rapports quelque part à l'Archevêché», explique-t-il.

Pour compléter son investigation, il lui reste cependant à vérifier l'enregistrement de naissance de son ancêtre qui est né à Sainte-Famille.

«L'interprétation qu'on peut faire à ce jour, c'est qu'ils ont plutôt refusé de demander pardon», lance-t-il en guise de réponse en précisant qu'il n'entérine pas encore formellement cette hypothèse.

Le reste aurait été amplifié par le bouche-à-oreille de l'époque.

D'autant plus, fait-il remarquer, que le clergé n'avait pas encore une si grande emprise sur les gens qu'on pourrait le croire. Ce qui fait que les dirigeants religieux  avaient souvent recours à la menace d'excommunication pour se faire obéir.

Refus des sacrements

D'après la tradition orale, lorsque le prêtre aurait été appelé pour donner les derniers sacrements à M. Cadrain lors de ses derniers moments, celui-ci aurait refusé en prétextant que les mains de l'abbé «sentaient l'anglais».

À sa mort, il aurait été enterré sur sa terre dans le 4e Rang de Saint-Michel, de même que ses proches.

Ce n'est que plusieurs années plus tard que les nouveaux propriétaires, les Pouliot, auraient procédé au déménagement des corps, dans l'enclos non béni de l'église. Et ceci, pour des raisons pratiques.



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