Par Patrick Demanou Kana
Au Cégep de Lévis, ce sont les étudiants qui ont pris les devants dans l’organisation. Le 9 février dernier, des étudiantes camerounaises ont animé un atelier sur la coiffure africaine, partageant leur expertise sur la texture des cheveux afro, les produits adaptés et les défis rencontrés selon les saisons québécoises. Cette approche «par le bas» illustre comment les jeunes s’engagent et s’impliquent pour célébrer ce mois, transformant leurs expériences personnelles en moments d’éducation collective.
Cette démarche s’inscrit dans le plan stratégique du Cégep de Lévis qui mise sur l’équité, la diversité et l’inclusion. Les activités liées au Mois de l’histoire des Noirs «[favorisent] la compréhension, la rencontre et le dialogue au sein de la communauté collégiale», explique Marc-Olivier Gingras, conseiller en communication au Cégep de Lévis. La Ville, de son côté, assure qu’elle «collabore avec les organismes locaux et met en valeur leurs activités», selon Michel Thisdel, porte-parole de la Ville de Lévis.
30 ans de reconnaissance officielle
Le Mois de l’histoire des Noirs est célébré chaque février au Canada depuis 1995, à la suite d’une motion de la Chambre des communes initiée par Jean Augustine, première femme noire élue au parlement canadien. Cette année 2026 marque le 30e anniversaire de cette reconnaissance officielle, sous le thème Le Mois de l’histoire des Noirs a 30 ans : honorons l’excellence des personnes noires au fil des générations, des bâtisseurs du pays aux visionnaires. Il s’agit d’une occasion pour les communautés de partout au pays de souligner les contributions des Canadiens noirs à l’histoire et à la société.
Programmation riche et diversifiée
Au Cégep de Lévis, la programmation coordonnée par Audrey Auclair, conseillère pédagogique au Cégep de Lévis, et son équipe s’étend du 9 au 27 février. Parmi les activités prévues : des kiosques communautaires le 23 février avec des organismes comme le Forum jeunesse afro-québécois et Le Tremplin, suivis le lendemain d’une conférence de Christian Alain Djoko, professeur de philosophie au Cégep de Lévis sur les perspectives africaines.
Pour lui, «loin d’être un regard figé sur le passé, le Mois de l’histoire des Noirs est brûlant d’actualité». Face à «la montée des idées brunes et aux reculs en justice sociale», il souhaite montrer que «le Mois de l’histoire des Noirs n’est pas un mois de l’entre-soi. Ce n’est pas un mois identitaire refermé sur lui-même. C’est un mois relationnel. Un mois de rencontres, de ponts par-delà les préjugés et stéréotypes».
Former des consciences
Cette initiative répond à «une sensibilité exprimée par certains étudiants quant à l’importance de reconnaître la pluralité des parcours et des héritages présents au cégep», explique Marc-Olivier Gingras. Une démarche saluée par Christian Alain Djoko, qui reconnaît que «dans un contexte où trop d’institutions choisissent le confort du silence plutôt que le courage de la parole, le Cégep de Lévis a fait un choix rare : celui de l’engagement lucide».
C’est pourquoi il affirme que «l’éducation ne se limite pas à transmettre des diplômes, mais qu’elle consiste aussi à former des consciences». En portant, seul dans toute la ville, une programmation pour le Mois de l’histoire des Noirs, le Cégep de Lévis a surtout tenu à ce que «les activités reflètent les différentes réalités et les perspectives que l’on retrouve dans notre milieu», conclut Marc-Olivier Gingras.