Par Patrick Demanou Kana
«Ton robot, c’est juste une bébelle.» Affichée bien en vue dans le local de robotique de l’École Pointe-Lévy, la citation contraste avec le sérieux des élèves, concentrés devant leurs robots et leurs ordinateurs. C’est pourtant l’heure de pause en ce lundi 16 mars. Si certains grignotent tout en manipulant leur souris, d’autres testent leurs robots sur la piste de jeu. Dans la salle, Marilou Desmeules, directrice adjointe, circule, observe et encourage. Elle fait partie de l’équipe d’encadrement du programme de robotique, aux côtés de Louis Audet, enseignant de science et robotique. L’objectif : être prêts pour les Championnats du monde aux États-Unis. Le tournoi aura lieu du 21 au 24 avril pour les élèves de High School, et du 25 au 27 avril pour la catégorie Middle School. «Les élèves sont libres de consacrer autant d’heures qu’ils le veulent au projet, afin de garder un certain équilibre», précise Louis Audet.
Trois équipes, trois histoires
Élèves de secondaire 5, les Corsaires R ont remporté le tournoi signature du Maine, le Lobster Bowl, en octobre dernier, avant de décrocher la finale québécoise en février. Leur robot avait réalisé un score parfait de 119 points à l’épreuve d’habileté programmée. «Aucune équipe n’a atteint ce pointage en tournoi cette année», précise Louis Audet. Ce sera leur deuxième participation aux Championnats du monde VEX Robotics. Xavier, l’un des trois membres de l’équipe, ne cache pas ses ambitions. «L’année passée, on a perdu au premier round des éliminations. On espère gagner des trophées cette fois-ci.»
Les Corsaires S sont en secondaire 4. Les trois membres se distinguent par «une démarche d’ingénierie rigoureuse et une programmation bien au-dessus de la moyenne», soutient leur enseignant. Ils ont décroché leur place grâce à un excellent résultat au concours d’habileté programmé lors de la finale provinciale. Yohan, membre de l’équipe, a une explication simple. «J’ai une passion pour la robotique depuis la quatrième année», indique-t-il. Ce sera leur deuxième participation aux Championnats du monde VEX Robotics.
Cadets du groupe, les Corsaires FireExpress sont quatre élèves de secondaire 3. Nouveaux dans la ligue VEX, ils ont pourtant réussi à arracher leur laissez-passer pour la finale provinciale dans la catégorie Middle School. Leur acharnement leur a valu le trophée de l’innovation. Olivier, l’un des membres, résume leur parcours avec fierté. «On a participé à deux compétitions, avec à chaque fois une belle performance.» Ce sera leur baptême de feu aux Championnats du monde.
Un budget à boucler, une sérénité à toute épreuve
Le financement reste la seule ombre au tableau, alors que chaque équipe doit réunir entre 12 000 $ et 15 000 $. Des entreprises ont déjà contribué, mais le compte n’est pas encore fait. «Le financement n’est pas encore bouclé pour nos équipes», confirme Louis Audet, coordonnateur du programme. Sa collègue, Marilou Desmeules, abonde dans le même sens. Les élèves, quant à eux, gardent la tête froide et restent concentrés sur l’essentiel : le robot et ses réglages mécaniques. «Durant les fins de semaine, les trois équipes peuvent apporter le robot à la maison et s’entraîner sur une surface de jeu qui leur a été prêtée pour les mois de préparation», confie Louis Audet.
Sur la scène planétaire
À Saint-Louis, le niveau sera différent. Il ne s’agit plus d’un simple tournoi régional ou provincial, mais d’une compétition à l’échelle planétaire. En catégorie High School, 800 équipes s’affronteront. Elles viendront de tous les continents. Les États-Unis et la Chine dominent le classement mondial, mais des dizaines d’autres pays y seront aussi représentés. En Middle School, 400 équipes seront en lice. L’épreuve reste la même, le PushBack.
Lévis peut faire la différence
La robotique n’est pas qu’un sport. C’est une école de vie. Louis Audet le sait mieux que quiconque. Il y a une vingtaine d’années, il a observé que ses élèves s’épanouissaient dans les activités de robotique offertes dans son cours de sciences. C’est pourquoi le programme a vu le jour, il y a dix ans.
Aujourd’hui, certains choisissent en secondaire 4, la Passerelle Robotique, une formation qui les oriente vers le métier d’électromécanicien. «Le modèle scolaire conventionnel ne convient pas à tous», reconnaît l’enseignant, qui estime que la robotique rejoint ceux que l’école traditionnelle peine à motiver.
Les liens vers les campagnes de sociofinancement sont disponibles sur les plateformes numériques de l’école pour combler le reste du financement.