Par Elizabeth Cyr, journaliste pour l'Initiative de journalisme local
L’initiative, qui en sera à sa deuxième rentrée scolaire, est accréditée par La Cantine pour tous, un programme qui regroupe des services de traiteur suivis par des nutritionnistes et des diététistes qui approuvent les menus.
Dans le cadre de ce programme subventionné, les parents peuvent commander un repas composé d’un plat et d’un dessert et faire une contribution volontaire. L’objectif est de permettre aux élèves d’avoir accès à une alimentation saine, peu importe la situation financière de leur famille.
L’idée de créer O’ J’ai Faim est née d’un constat fait par Mme Martin avec la Communauté nourricière lévisienne. Selon les données qui lui ont été présentées, plus de 25 % des enfants ne mangeaient pas à leur faim dans les écoles du territoire de Lévis.
«J’ai vu des enfants qui avaient seulement un œuf à la coque dans leur boîte à lunch pour la journée. Pas juste pour le dîner, mais bien pour la journée. On voit qu’il y a un besoin et une nécessité pour ça», affirme Mme Martin.
Le projet vise pour l’instant des écoles primaires considérées comme défavorisées à Lévis. Selon la fondatrice, Lévis était alors la seule ville au Québec à ne pas bénéficier de ce programme, tandis que les centres de services scolaires souhaitaient également pouvoir y avoir accès dans les écoles primaires.
Revaloriser les aliments
Pour rendre les repas accessibles tout en maintenant leur qualité, O’ J’ai Faim mise notamment sur la récupération et la revalorisation des aliments. L’organisme récupère des fruits et légumes invendus auprès de producteurs et de commerçants, mais aussi des produits laitiers, du chocolat et divers ingrédients de base.
Les légumes déclassés, les légumes croches ou encore les surplus de fin de récolte sont également récupérés. Une partie des aliments est congelée et transformée, afin de constituer des réserves pour l’hiver et l’année scolaire.
Cette approche permet à l’organisme de réduire le gaspillage alimentaire tout en diminuant le coût de production des repas.
«Dans les écoles, ça nous permet d’offrir des compotes nourrissantes et plein de choses nourrissantes que les parents et les enfants apprécient énormément», explique la cheffe du café et traiteur O’Ravito.
Selon Mme Martin, les besoins des familles se sont également accentués avec l’inflation et la hausse du coût des aliments. Les fruits, les légumes et, plus largement, une alimentation équilibrée représentent une dépense importante.
«Souvent, les enfants vont demander deux portions parce que ce n’est pas quelque chose qu’ils mangent régulièrement ou qu’ils ont la possibilité de manger, comme des fruits frais. On voit quand même qu’il y a une restriction alimentaire à certains niveaux avec la hausse des produits», croit Ann-Rika Martin.
Pour l’organisme, la récupération des aliments permet ainsi de proposer «des beaux produits, des belles recettes, mais à prix quand même accessible qui rentre dans notre programme».
Jusqu’à 1 500 élèves
À compter de septembre, le service de repas sera offert dans sept établissements et pourrait rejoindre environ 1 500 élèves. O’ J’ai Faim prépare actuellement entre 200 et 400 repas par jour pour l’OBNL.
Une vingtaine de bénévoles participent également aux activités de l’organisme, notamment à la cuisine et à la livraison des repas.
À plus long terme, Mme Martin souhaite élargir le territoire desservi par O’ J’ai Faim et rejoindre d’autres écoles de la région. Elle vise notamment à atteindre au moins 1 700 élèves.
Une cafétéria à l’UQAR
O’ J’ai Faim élargira également sa mission au milieu universitaire avec la prise en charge de la concession de la cafétéria du campus de Lévis de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR).
Le projet reposera sur les mêmes principes de revalorisation des invendus et de promotion de saines habitudes de vie. La cafétéria sera aussi ouverte à toute la population et comprendra notamment des plats prêts à manger ainsi qu’une petite épicerie.
«Je trouvais intéressant de miser sur ce concept dans un établissement scolaire aussi où, des fois, c’est plus difficile de bien manger, on a des examens, c’est plus stressant et, des fois, on a moins de sous. On essaie vraiment de mettre en valeur les repas qu’on fait avec des budgets différents», souligne la chef.
Pour Ann-Rika Martin, cette nouvelle étape permet donc de poursuivre une mission qui dépasse la préparation de repas. En récupérant des aliments destinés à être jetés et en les transformant en repas accessibles, O’ J’ai Faim souhaite agir à la fois sur l’insécurité alimentaire, le gaspillage et l’accès à une alimentation saine.