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Un mode d’emploi pour devenir Québécois

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Photo : Courtoisie - Martine Doyon

17 mars 2026 10:01

La Lévisienne, Florence Morin-Laurin, et son conjoint musulman d’origine indienne né à Dubaï, Khalil Guliwala, ont écrit ensemble le livre Un musulman à la cabane à sucre, une sorte de mode d’emploi pour devenir Québécois, tout en humour. Autopublié il y a un peu plus d’un an, l’ouvrage est publié par Québec Amérique depuis le 24 février dernier.

Dans cette œuvre, le couple raconte plutôt sa réalité au Québec à travers une série de scènes vécues et portées par leur réalité de couple mixte et de jeunes parents. Florence Morin-Laurin et Khalil Guliwala avaient envie de répondre en légèreté aux questions que peuvent se poser les gens par rapport à leur couple.

«Ça part du fait qu’on est un couple québécois et indien, donc les gens ont beaucoup de questions farfelues, sérieuses ou qui partent d’une incompréhension ou d’une méconnaissance de ce qui entoure ce qu’on est. On a beaucoup d’ouverture d’esprit et on est capable de rire de nous, donc on peut répondre aux questions. Mon conjoint Khalil a toujours rêvé d’écrire un livre dans sa vie et c’était comme une évidence pour nous d’écrire autant sur son amour et sa découverte de la culture québécoise, que, moi, ma découverte de la culture islamique et indienne. On voulait offrir une vitrine sur ce qu’on est», explique Florence Morin-Laurin.

Un livre qui touche plusieurs cibles

Sans aucune intention d’en faire un livre à saveur politique, les auteurs ont plutôt voulu créer un pont entre la culture des «Québécois pures laines» et celle des musulmans. De ce fait, le public qu’ils ont rejoint jusqu’à présent est très varié.

«On a été agréablement surpris, parce que le public est multigénérationnel, lance Florence Morin-Laurin. On a autant des gens de 70 ans, de la mi-trentaine, que des plus jeunes qui vont aller lire ça pour voir un autre aspect de la chose. L’humour fait en sorte que ça rassemble énormément de personnes, puisque les Québécois sont des grands fans d’humour pour aborder des sujets tabous. Il y a aussi plusieurs musulmans qui nous ont approché pour nous remercier de donner une autre image de leur culture et d’ouvrir la porte à ce qu’on voit habituellement d’eux.»

Consciente que le taux d’immigration augmente dans la province, Florence Morin-Laurin considère que le multiculturalisme que ce phénomène crée est bénéfique pour la société. Si celui-ci peut créer des tensions dans la population, elle croit que le livre peut aider à les atténuer, sans toutefois parler de politique.

«Le message, c’est que tout le monde peut vivre ensemble malgré nos différences, si on accepte de rire un peu de nous-mêmes et qu’on est capable de voir le bon côté des choses des deux bords. Le côté politique du livre, c’est au niveau de l’identité québécoise et de refaire la paix avec l’immigration. Le mot clé, c’est comment cohabiter d’une meilleure façon pour rendre ça plus facile et agréable pour tout le monde et que ça leur apporte quelque chose de plus riche dans leur vie», soutient l’autrice lévisienne.

L’humour pour aborder les tabous

Pour celle qui habite Montréal depuis 2007, l’humour devient un «outil de survie collective pour désamorcer les malaises et cultiver la complicité». Le couple aborde le rapport d’un musulman à la cabane à sucre, à Noël, aux fêtes d’enfants, à Jésus ou encore aux poils, toujours en se fiant à son vécu. Ainsi, Khalil Guliwala raconte son expérience d’immigration et Florence Morin-Laurin vient pimenter l’histoire à coups d’interjections régulières.

Si on peut sentir la complicité et les fous rires entre les deux auteurs dans le livre, la Lévisienne ne se cache pas que celui-ci a eu un effet presque thérapeutique pour le couple.

«Pour Khalil, ç’a été de mettre le focus sur tout le bon qu’il a vécu depuis qu’il est arrivé ici et de faire le parallèle avec sa vie d’avant. Ç’a été thérapeutique de réaliser qu’il était vraiment bien intégré, que c’était sa maison et sa grande famille québécoise. Pour moi, ça m’a permis d’en apprendre à certains niveaux sur la vie passée de Khalil, de sa culture et d’où il arrive. On ne se parle pas toujours des épiceries à Dubaï entre deux brassées de lavage, donc on a pu creuser lui et moi pour voir comment était sa vie avant et faire le parallèle avec ce qu’on vit aujourd’hui. Ç’a été super intéressant», conclut Florence Morin-Laurin.

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