lundi 15 avril 2024
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Conte de Noël

La patineuse

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Photo : Weston M - Unsplash

23 déc. 2023 11:24

Comme à son habitude, l’autrice lévisienne Brigitte Allard nous propose un conte original en ce début du temps des Fêtes. Bonne lecture!

Par Brigitte Allard - Collaboration spéciale

Ah! Non! Mon chat s’est réfugié sous le sapin. Pas question qu’en mon absence, il joue avec les décorations. Du corridor, je lui montre un biscuit au thon.

— Axel, viens chercher ta friandise!

Ça marche! Je flatte son poil gris, puis ferme la porte du salon. J’attrape mes patins et quitte l’appart.

Des flocons m’accompagnent jusqu’à la Gare fluviale de Lévis. Je fais un clin d’œil à la patinoire du quai Paquet pour m’excuser de ne pas l’avoir choisie. Puis j’embarque sur le traversier et appelle ma mère.

— Allo Julie!

— Je vais patiner à la place d’Youville.

— Ton père serait content…

— À ce soir pour le réveillon.

Mon père est décédé au printemps dernier à 58 ans. «Te rappelles-tu Julie la patinoire de place d’Youville, tu avais six ans?», m’avait-il demandé à l’hôpital. Ma réponse l’avait amusé. «Je me rappelle plutôt des arénas papa!» Il faut dire qu’après, ma vie s’était mise à tourner autour des patinoires intérieures.

Au bout de la rue Saint-Jean, des guirlandes et des couronnes ornent la place d’Youville. Une fois illuminée, la place s’embellira. «Tite-Julie va chausser tes patins!», dirait mon père.

Au rythme de Vive le vent, j’embarque sur la patinoire. Il y a peu de monde. On annonce une tempête. Une fille, environ neuf ans, patine devant moi. Elle fixe la glace. Je la trouve charmante avec ses caches-oreilles chat.

— Bravo Charlotte!, lui lance un homme à l’extérieur de la patinoire, une main sur une poussette.

Il l’admire, comme mon père à mes séances d’entraînement. C’est fou ce que je respire bien sur la patinoire extérieure. J’ai six ans. Papa me tient une main. «Fais-moi confiance, tu ne tomberas pas.» J’aurais voulu lui dire ça quand je tenais ses mains à l’hôpital…

En dépassant la fille-chat, je lui souris. Toujours dans sa bulle, la jolie Charlotte! J’ignore depuis quand je suis ici, j’ai dû faire dix fois le tour avant de m’apercevoir que la fille me suit pas à pas. Elle essaie d’imiter mes croisés. Pas si mal! Je m’arrête doucement.

— Tu t’appelles Charlotte?

Elle ne m’entend pas. C’est vrai qu’avec les cache-oreilles… Un autre tour me ramène encore à six ans. Un patineur danse sur la glace. Je dis à mon père : Je veux faire ça. Il répond : Oh! Le patinage artistique, il faut suivre des cours. Je répète : Je le veux! Il rit : Tu as la tête dure comme une patinoire!

Une alarme annonce la pause Zamboni. Affolée, Charlotte se faufile à l’extérieur rejoindre son père et le bébé. Je me retrouve à côté d’eux. Le papa me confie :

— Tu as essayé de parler avec ma fille. C’est difficile… elle est autiste.

— Elle est mignonne.

Les yeux du père brillent. Comme ceux de papa lors d’une compétition. Pour Charlotte et son père, chaque jour doit être une compétition.

— Le seul sport qu’aime ma fille, c’est le patinage artistique. Elle écoute plein de vidéos.

Charlotte reste silencieuse. Une idée me vient… Je me penche vers elle :

— Je m’appelle Tite-Julie.

Puis je fouille dans mes photos sur mon cellulaire.

— Voici Axel! Mon chat adore dormir sur mes patins.

Le sourire de Charlotte illumine la place. Je lui demande :

— Aimerais-tu que je t’apprenne à faire des sauts?

En regardant ses mains, Charlotte répond :

— Oui.

Son père s’exclame:

— Tu es coach!

— Dans un club à Lévis.

Il ajoute, l’air pensif :

— Tu sais… Quand elle ne réussit pas, elle se fâche.

— Je connais ça les têtes dures comme une patinoire!

Il rit.

 ***

 Depuis quelques temps, je remettais en question mon avenir comme coach. Charlotte vient de me donner la réponse…

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