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Les défis de l’arrivée

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18 nov. 2025 08:06

En tant que nouvel élu, il y a des gens qui vous accueillent. Il s’agit des non-élus. Ils ont des relents de permanence. Ils n’ont pas eu à déployer tous ces efforts et prendre tous ces risques. Ils ont postulé et obtenu le job. Généralement, ce sont d’honnêtes gens, il va sans dire. Mais il y a un mais.

Par Guillaume Ratté-Côté*

Il est facile de clamer que le bien des citoyens est la priorité, et encore plus pour des non-élus. Or, dans une pluralité des cas, ce bien vient avec des rationalisations de la machine, des réingénieries, des changements de fonctionnement drastiques, ou autrement dit, des sacrifices et inconforts. Et, comme propriétaire de logements locatifs, j’ai adopté l’adage : avec des enjeux financiers, les discours tombent vite, les vraies natures apparaissent tout aussi rapidement. Autrement dit, quand vient le temps de choisir entre son confort du moment et les principes clamés, ce sont rarement les seconds qui prévalent.

Donc, Steven Blaney arrive en poste avec des idées, réflexes et orientations conservatrices. Qui riment normalement avec une tendance au resserrement des dépenses, allergie au gaspillage et de hautes attentes de rendement relevé.

Toutefois, les machines bureaucratiques ont plus d’un tour dans leur sac et en ont vu d’autres. 

Il sera donc impératif pour son administration d’user de fine parcimonie, non seulement en général, mais dans le traitement de ce que ceux qui sont censés le servir, justement, lui serviront comme informations. Car il est commun que des mandarins de l’État, peu importe le palier, étant d’avance remontés contre un nouvel élu entrant en poste, usent de subterfuges en vue de le confondre. Pour s’éviter des réformes qui brusquent leur confort. Pour empêcher des politiques qui feraient reculer leur pouvoir. Ou aussi pour que ne soient pas implantées des politiques avec lesquelles ils ne sont simplement pas d’accord.

Steven Blaney devra donc être insistant et en vigilance de tous les instants en vue de réaliser sa promesse de se défaire du fameux moratoire et redémarrer le développement résidentiel à un rythme plus rapide qu’au cours des derniers mois. Il en sera de même pour la mise en place du tableau de bord de performance municipale.

Comme il a également promis un contrôle accru des dépenses de projets, il faudra qu’il soit constamment préoccupé des développements de chantiers, en mode économies, comme celui qu’il souhaite à la terrasse de Lévis, et peut-être surtout pour tout ce qui a trait aux transports (par exemple, la synchronisation des lumières peut paraître simple, mais les chances de débordement hors cadre financier seront tout de même parfaitement présentes). Car les dépassements de calendriers et de coûts ne sont pas que l’affaire des entreprises de construction, mais bien souvent un alliage entre laxismes des employés chargés de superviser à la ville et l’opportunisme des contracteurs.

Parlant de transport, Mr Blaney est déjà en pleine tourmente pour ce qui est du fameux troisième lien! Dès le soir de son élection, il a appelé le gouvernement du Québec à revoir son tracé, et a aussitôt reçu une fin de non-recevoir du nouveau ministre des Transports Jonathan Julien. Or, le dernier plan proposé par la CAQ est si mauvais qu’il convient de se demander s’il est présenté seulement pour gagner du temps, en laissant croire qu’ils veulent bien une troisième traversée, tout en s’assurant que ça n’arrive pas au final.

Pour ramener le gouvernement du Québec à considérer la seule avenue logique, soit un périphérique à l’est, qui passe sur l’Ile d’Orléans, il faudra plus qu’une voix forte. Gilles Lehouillier en avait une! Et même toute une.

Steven Blaney devra démontrer que c’est là un projet faisable et que c’est le seul souhaitable. Pour cela, il devra mettre à contribution le service de génie de la Ville et probablement commander une étude indépendante, voire carrément sa propre mouture de projet. Mais il y aura des protestations, comme, traditionnellement, ce n’est pas aux villes à faire de telles commandes pour des projets d’une telle envergure et qui plus est de juridiction provinciale. Tant à l’interne, à la Ville, qu’au gouvernement du Québec. Les gardiens du temple du statu quo trouveront toutes sortes de raison pour Mr Blaney de rester à sa place. Peut-être même s’en trouvera-t-il dans une entreprise de génie civil qui obtiendrait le mandat! Et il devra trouver des gens prêts à s’exécuter pour moins cher que ce qu’il en coûte généralement en plus. Cela l’aidera à aller chercher des contributions d’autres juridictions.

En terminant, il convient de faire une mention sur l’élection venant de se terminer de façon générale, comme ceci est mon premier papier depuis le 2 novembre. Et ce qui me vient en tête en premier, en rétrospective est : ce fut une bonne campagne. Un brassage d’idées comme il s’en fait trop peu. Et les candidatures étaient, des candidats comme conseillers aux candidats à la mairie, d’une qualité qui m’a frappé. Nous en sortons avec deux partis d’opposition bien vivants. Et un nouveau maire ayant à la fois les coudées franches. C’est spectaculaire. Et fais en sorte que nous puissions avoir des attentes élevées.
PS J’ai plutôt hâte de voir la suite pour les deux candidats à la mairie défaits! Je ne suis pas inquiet pour eux! Gageons que nous aurons des réponses avant l’été, qui sera un moment de précampagne électorale provinciale…

*Guillaume Ratté-Côté est l'animateur de l'émission PolitiGuy Correct à la Radio de Lévis, CJMD 96,9, du lundi au jeudi à 16h.
 
Cette chronique fait partie de notre section Opinions, qui favorise une pluralité d'idées. Elle reflète l'opinion de son auteur, pas celle du Journal de Lévis.

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