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L’entrepreneuriat québécois au régime forcé : quand la passion pallie le manque de moyens.

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12 mars 2026 09:36

Il y a un an, le gouvernement donnait un coup de hache dans le financement de l'entrepreneuriat. Aujourd’hui, le constat est amer : le passage d’une enveloppe de 121,7 M$ à seulement 42,3 M$ sur trois ans a laissé des cicatrices profondes.

Par Jonathan Dussault 

Concrètement, on demande aux acteurs du terrain de faire plus avec trois fois moins. Ce sont désormais les bénévoles et les passionnés qui maintiennent, à bout de bras, le filet social de la relève. Cette érosion financière a provoqué une fuite des talents : des experts  ont dû quitter le milieu, mettant K.O. la mémoire organisationnelle du développement économique régional. 

Entre résilience et succès précaires

Malgré ce contexte, la flamme ne s’éteint pas. Elle brille à travers des initiatives comme Face aux dragons, porté par Trajectoire Emploi. J'ai la chance de coacher des projets comme VocalAide, la Clinique Calypso ou la Friperie Le Toit Vert. Des projets qui vont possiblement devenir des noms qu'on connaitra tous dans quelques années.

Pourtant, ces entrepreneurs sont désormais privés de ressources essentielles, comme le cours de lancement d’entreprise, aujourd'hui disparu. Pour chaque participant soutenu, combien sont laissés pour compte faute de places?

La période d'inscriptions pour OSEntreprendre rappelle la qualité des projets de notre territoire. Pensons à Alexandre Tanguay d’Unique Plastique, lauréat national 2025 qui, à 18 ans, bâtit déjà l'économie écoresponsable de demain. Ou encore à Luigi Morabito, fondateur de Lupo à Montmagny, dont le sanctuaire écotouristique n’existerait probablement pas sans la mobilisation de fonds via La Ruche, la MRC et les institutions bancaires. C’est précisément ce type de succès que l'on met en péril en coupant les vivres aux organismes d’accompagnement.

Le bénévolat : un rempart, pas une stratégie

Pour compenser le retrait des alliés institutionnels, l’implication citoyenne s’est démultipliée par nécessité. Que ce soit pour Face aux dragons, OSEntreprendre ou les concours universitaires, le besoin est criant. L'accompagnement ne devrait pas avoir de frontières lorsqu'il s'agit de propulser ceux qui osent bâtir. Pourquoi on ne se donnerait pas les moyens de nos ambitions?

L'implication citoyenne c'est bien beau, mais ça ne peut pallier indéfiniment le désengagement de l'État. Les experts qui encadrent nos entrepreneurs créent une valeur immense et méritent une reconnaissance professionnelle et financière à la hauteur de leur impact. Il est paradoxal de constater que ceux qui avaient pour mission de propulser la relève sont aujourd'hui contraints de s'exiler vers d'autres secteurs. Le communautaire le répète depuis des années, on dirait que dès qu'un organisme a une mission noble, on oublie que les financer, c'est un investissement plutôt qu'une dépense. 

Conclusion : Bâtir sur du solide, pas sur du vent

Chambres de commerce, SADC, MicroEntreprendre, Futurpreneur, Evol, universités… tous ces acteurs sont les gardiens d’une économie de demain. Si le dévouement des mentors et des coachs permet de franchir des caps de bénévolat impressionnants cette année, le constat reste sans appel : on ne peut pas bâtir une économie durable uniquement sur le don de soi.

Le gouvernement doit réinvestir. La relève s’épanouit malgré le manque de ressources, mais imaginez ce qu’elle pourrait accomplir avec un écosystème réellement soutenu. 

Cette chronique fait partie de notre section Opinions, qui favorise une pluralité d'idées. Elle reflète l'opinion de son auteur, pas celle du Journal de Lévis.

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