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Chantons-le ensemble : le problème, ce ne sont pas les revenus. Le problème, ce sont les dépenses.

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17 mars 2026 09:03

Si l’on prend un pas de recul et qu’on analyse froidement la situation, un constat s’impose: le problème n’est pas réellement un manque de revenus… c’est plutôt une incapacité à contrôler les dépenses.

Par Renaud Labrecque

Contrairement à ce que certains prétendent, les revenus municipaux proviennent de sources connues, fiables et prévisibles. C’est l’un des points forts du système. Les taxes foncières représentent la principale source, auxquelles s’ajoutent compensations, subventions et quelques revenus liés aux services.

Ce système n’a rien de nouveau. Il est connu, encadré et relativement constant depuis des décennies. À l’image d’une montre suisse, il est extrêmement fiable.

Le problème n’est pas tant la structure des revenus que l’explosion des dépenses. Une part non négligeable des nouvelles dépenses concerne des domaines qui ne relèvent même pas des neuf compétences municipales prévues à l’article 4 de la Loi sur les compétences municipales.

Si l’on se rappelle la pyramide de Maslow, on comprend rapidement ce qui se produit avec la gestion des fonds publics. Nous dépensons dans les étages supérieurs, qui relève du confort et de l'accessoire, tandis que la base, essentielle pour soutenir tout le reste, reste négligée. 

Au fil des années, plusieurs municipalités ont élargi leur champ d’action. De simples gestionnaires d’infrastructures, routes, aqueducs, égouts et sécurité publique, elles interviennent aujourd’hui dans le développement économique, l’environnement, le contrôle des GES, la planification stratégique, les projets pilotes et les programmes de subventions.

Chaque initiative peut sembler justifiée individuellement, mais dès qu’on prend du recul, le problème apparaît; à force de fixer chaque arbre séparément, on ne voit plus la forêt. Chaque projet est présenté comme nécessaire, moderne, incontournable. Et souvent, on y ajoute un argument presque impossible à vérifier : «Plusieurs citoyens nous l’ont demandé.»

Pourtant, ces citoyens… personne ne les connaît, personne ne les voit aux séances du conseil, personne n’a accès à leurs demandes. S’agit-il de citoyens privilégiés, de groupe de pression ou simplement d’un bouclier invisible pour se déresponsabiliser?

Cette réalité, c’est le principe de falsifiabilité, associé au philosophe Karl Popper : une affirmation doit pouvoir être testée et potentiellement réfutée. Sinon, elle n’a aucune valeur.

Pourtant, certaines déclarations politiques échappent précisément à toute vérification :

«Plusieurs citoyens nous l’ont demandé.» Très souvent impossible à confirmer ou à contredire.

«Le financement est attaché.» Impossible à confirmer.

Car un énoncé invérifiable n’est pas un argument, c’est une affirmation sans valeur. Certains politiciens iront même jusqu’à dire : «Je ne perdrai pas de temps à défendre ma position ni à prouver mes dires, c’est trop d’énergie», se référant au principe de Brandolini. Là, on se retrouve face à l’une des formes de déresponsabilisation les plus toxiques, une véritable roue sans fin qui permet de fuir ses responsabilités.

Et je parie qu’en lisant ces lignes, le nom de quelques politiciens vous est déjà venu en tête… à juste titre.

À force d’additionner ces décisions année après année, on se retrouve avec une structure plus lourde, plus complexe et surtout plus coûteuse, sans que la majorité des citoyens ne l’ait demandée. Chaque nouveau programme, étude ou structure administrative finit par coûter cher.

Le réflexe politique est prévisible : quand les dépenses augmentent, on explique que les revenus ne suivent pas. On évoque de nouvelles sources de financement et la nécessité d’augmenter les taxes, mais cette logique mérite d’être remise en question.

La gestion des fonds publics repose sur un principe simple : chaque dollar dépensé provient directement des citoyens. Cela impose une responsabilité particulière : gérer avec rigueur, prudence et discernement.

Or, trop souvent, la discussion publique se concentre sur la création de richesse et rarement sur les dépenses questionnables. Gouverner ne consiste pas seulement à lancer de nouveaux projets. C’est aussi savoir dire non à certaines dépenses, à certains projets et à certaines pressions idéologiques. 

Dans un contexte où le coût de la vie augmente et où les familles subissent déjà une pression financière énorme, les différents paliers de gouvernance ont le devoir de se poser les bonnes questions avant d’augmenter les taxes, avant de réclamer davantage de revenus et avant de créer de nouvelles structures.

La question devrait toujours être la même : cette dépense se situe-t-elle à la base de la pyramide? Ce débat n’est pas idéologique. Il n’a rien à voir avec la gauche, la droite ou le centre. C’est une question de responsabilité.

Les citoyens ne demandent pas nécessairement plus de services. Un récent sondage le démontre : plusieurs Québécois accepteraient que l’on coupe certains services plutôt que d’augmenter les taxes. 

Une municipalité bien gérée n’est pas celle qui dépense le plus ni celle qui annonce le plus de projets. C’est celle qui fait les bons choix avec les ressources dont elle dispose et qui réussit à en faire le plus possible avec le moins possible.

Terminer une année financière à l’équilibre n’est pas un exploit. C’est la base du travail. On n’applaudit pas un électricien simplement parce qu’il a installé une prise. On le paie pour bien faire son travail. Les citoyens font exactement la même chose avec leurs taxes : ils paient pour recevoir des services essentiels bien gérés.

Aujourd’hui, le véritable défi municipal n’est pas de trouver plus d’argent. Il est beaucoup plus simple… mais aussi beaucoup plus exigeant : apprendre à gérer autrement.

Parce que puiser plus d’eau dans un panier percé ne vous permettra pas de mieux boire… et ce sont les citoyens qui en paieront le prix.

Cette chronique fait partie de notre section Opinions, qui favorise une pluralité d'idées. Elle reflète l'opinion de son auteur, pas celle du Journal de Lévis/Peuple Lotbinière.

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