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La machine qui veut le beurre, l’argent du beurre… et la ferme au complet

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11 mai 2026 05:34

Au Québec, on parle constamment du manque d’argent des municipalités et des difficultés financières du gouvernement provincial. Pourtant, une question fondamentale demeure absente du débat public : combien de l’argent confié à l’État se rend réellement jusqu’aux citoyens sans être absorbé par la machine administrative elle-même? Derrière les milliards annoncés, les programmes d’aide et les grands discours sur la saine gestion des fonds publics, une réalité frappe aujourd’hui les municipalités partout au Québec : la relation entre le provincial et le municipal est devenue excessivement lourde, complexe et fragmentée.

Par Renaud Labrecque 

Et c’est là toute l’ironie du système actuel. On multiplie les contrôles pour protéger l’argent public, mais cette accumulation continuelle de validations, d’autorisations, de normes, d’études, d’analyses et d’intervenants finit par coûter beaucoup plus cher que les risques qu’on tente d’éviter. À force de vouloir tout contrôler, on a construit une machine bureaucratique tellement lourde qu’elle ralentit tout, complique tout et consomme une quantité phénoménale de ressources, autant financières qu’humaines, avant même qu’un projet concret voit le jour.

Le Québec a développé au fil des décennies une véritable culture du mille-feuille administratif. Une simple question devient automatiquement une justification pour ajouter une nouvelle procédure, une nouvelle validation, un nouveau comité ou une nouvelle structure administrative. 

Chaque nouvelle règle peut sembler raisonnable prise isolément. Chaque nouvelle validation paraît défendable individuellement. Le problème apparaît lorsqu’on accumule ces couches pendant des décennies sans jamais faire le ménage dans la structure existante. À force d’empiler les processus et les intervenants, la responsabilité finit par se diluer complètement. On crée alors un système où l’énergie de l’État sert davantage à gérer sa propre mécanique qu’à produire des résultats concrets pour les citoyens qui financent pourtant toute cette structure.

Cette réalité devient impossible à ignorer dans le monde municipal. Une municipalité peut déposer un projet sérieux, logique et conforme aux critères gouvernementaux. Malgré cela, le projet entre souvent dans un véritable labyrinthe administratif. Les demandes de modifications se multiplient. Les professionnels doivent refaire des plans, produire de nouvelles analyses ou répondre à des exigences supplémentaires qui changent continuellement en cours de route. Les mois passent. Parfois même les années.

Prenons un exemple extrêmement parlant. Une municipalité fait l’acquisition d’un bâtiment en place depuis 50 ans et, soudainement, on lui annonce qu’il faudra investir des millions pour répondre à des normes sismiques, à des critères de capacité portante ou à une multitude de nouvelles exigences techniques. Comme si l’immeuble, du jour au lendemain, avait développé des émotions et compris que son nouveau propriétaire disposait désormais d’un portefeuille beaucoup plus garni. Pourtant, ce même bâtiment tient debout, fonctionne et accueille des gens depuis des décennies sans broncher.

Même principe lorsqu’il est question de construire, par exemple, un garage municipal. Un citoyen pourrait construire un bâtiment identique sur l’un de ses terrains sans devoir traverser une avalanche d’analyses et d’exigences exagérées. Pourtant lorsqu’une municipalité souhaite construire essentiellement la même chose, elle doit passer par un véritable parcours du combattant administratif où des dizaines de normes, de validations et d’exigences viennent faire exploser le coût du projet, bien au-delà de ce que le gros bon sens commanderait.

Bien sûr, personne ne remet en question l’importance de la sécurité. Cependant, il existe une énorme différence entre corriger un problème réellement dangereux et appliquer machinalement des standards théoriques mur à mur sans tenir compte du contexte ni de l’usage réel. À force de vouloir tout encadrer, on finit parfois par imposer des coûts complètement déconnectés de la réalité terrain et de la capacité réelle des citoyens de payer.

Cette façon de faire découle davantage d’un excès de zèle administratif que d’une réelle saine gestion des fonds publics.

Une portion grandissante des ressources publiques sert désormais à alimenter la machine administrative elle-même. Et plus cette machine grossit, plus elle justifie sa propre existence en créant de nouvelles obligations nécessitant encore davantage de gestion, davantage d’intervenants et davantage de structures.

Oui, l’inflation fait exploser les coûts, mais les coûts explosent surtout à cause des normes, des processus et des exigences que cette machine nous impose par l’entremise d’une bureaucratie devenue beaucoup trop lourde.

Et pendant qu’on continue de parler uniquement du manque d’argent, on évite encore une vraie remise en question : combien de l’argent confié à l’État réussit réellement à se rendre jusqu’aux citoyens sans être absorbé par une machine administrative devenue tellement lourde qu’elle semble désormais exister d’abord pour assurer sa propre survie?

Comble de l’ironie, une certaine élue, Mme Duranceau, osait affirmer dans les derniers jours: «À un moment donné, on ne peut pas avoir peur d’avoir peur tout le temps.»

Aucun problème. Cela fait pourtant des années que votre gouvernement multiplie lui-même les mécanismes de précaution, les exigences, les validations et les normes imposées aux municipalités au nom du risque zéro, contribuant directement à l’explosion des coûts et à l’alourdissement des projets municipaux.

Il serait peut-être intéressant que ce message soit également transmis à l’intérieur même de l’appareil gouvernemental.

Cette chronique fait partie de notre section Opinions, qui favorise une pluralité d'idées. Elle reflète l'opinion de son auteur, pas celle du Journal de Lévis/Peuple Lotbinière.

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