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Cégep de Lévis

Des kiosques communautaires pour célébrer l'histoire des Noirs

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Photo : Patrick Demanou Kana

07 mars 2026 08:31

Le lundi 23 février, Le Tremplin de Lévis et le Forum Jeunesse Afro-Québécois ont investi la cour intérieure du Cégep de Lévis pour aller à la rencontre des étudiantes et des étudiants, loin de leurs bureaux respectifs de Lévis et de Québec. Deux heures durant, histoire et culture ont été mises en avant au service de l'intégration.

Par Patrick Demanou Kana

Tout a commencé dans le bureau de Juliette Therrien-Sirois, intervenante au Carrefour de la réussite, un service interne du Cégep de Lévis. «Deux étudiantes camerounaises sont venues me voir en me disant qu'elles aimeraient organiser des activités pour le Mois de l'histoire des Noirs», se souvient-elle. De cette conversation est née une première programmation l'an dernier.

Pour l'édition 2026, l'équipe initiale s'est élargie avec la création d'un groupe de travail. Selon Marc-Olivier Gingras, conseiller en communication, il s'agit «d'une réalisation collective qui implique plusieurs services du cégep, notamment le Service du cheminement et de l'organisation scolaires (…) ainsi que le Service d'animation socioculturelle». Une démarche que Juliette Therrien-Sirois résume comme «une initiative des étudiant·e·s, soutenue par l'établissement».

Rose-Chloé Zedong est l'une des étudiantes ayant fait la démarche vers cette intervenante. «Je suis allée voir Juliette quand elle est arrivée au cégep pour lui parler de ce que je [voulais], de ce que je [pensais]», explique-t-elle.

Arrivée au Canada il y a trois ans, cette jeune Camerounaise s'est impliquée très tôt dans la célébration du Mois de l'histoire des Noirs par conviction autant que par nécessité. Son implication, dit-elle, vise à se «faire voir sous un autre angle, pas juste comme des immigrants ou des personnes noires, mais montrer aussi le potentiel qu'on a à donner au Québec et au Canada». Pour l'étudiante, à sa dernière année en sciences humaines, le Mois de l'histoire des Noirs est «un mois où on est valorisé, où notre culture est valorisée, où on nous représente sous une autre forme».

Deux missions, une même présence

Le 23 février, entre 11h et 13h, deux organismes tenaient des kiosques dans la cour intérieure. Les informations relatives à cette activité majeure de la programmation du Mois de l'histoire des Noirs défilaient sur les écrans accrochés au mur. La présence des tables, entourées de supports publicitaires des deux organismes, témoignait d'une activité inhabituelle.

Les étudiantes et étudiants s'arrêtaient, engageaient la conversation avec les animatrices des deux kiosques. Le Tremplin, basé à Lévis, est un organisme ayant pour mission de favoriser l'accueil et l'intégration des personnes immigrantes et de leur famille, de briser leur isolement et de rapprocher les cultures. Alejandrina Guido Bourgouin, responsable des activités interculturelles et d'intégration, souligne que la présence de l'organisme au cégep témoigne de son intérêt pour la célébration du Mois de l'histoire des Noirs.

Photo : Patrick Demanou Kana

Le quiz proposé par l’organisme ce jour-là portait justement sur l'histoire et la culture des communautés noires au Canada et a suscité un réel intérêt, donnant lieu à des discussions enrichissantes. «Les jeunes y participaient activement, posaient des questions et partageaient leurs points de vue», rapporte-t-elle. Et de poursuivre : «Plusieurs d'entre eux, issus de l'immigration, ont remarqué des noms de famille qui évoquaient leurs pays d'origine, ce qui a donné lieu à une véritable occasion de s'identifier et de partager leurs expériences», note-t-elle avec satisfaction.

Le Forum Jeunesse Afro-Québécois (FJAQ), lui, est venu de Québec avec une approche différente : un jeu d'association entre une personnalité noire connue et son histoire de vie afin de faire connaître leur parcours et leurs hauts faits dans la société. Derrière les kiosques, il y avait pour animer les échanges Victoire Buhororonyandwi et Keza-Roxy Nyamuhashi, Burundaises toutes les deux, bénévoles du FJAQ et porteuses du Projet d'initiation à l'engagement citoyen et au leadership (IEL).

«On rejoint les jeunes parce que nous-mêmes on est jeunes, ça rend la chose plus accessible», explique Victoire. Keza-Roxy, qui étudie l'histoire canadienne noire, ajoute que l'activité révèle quelque chose d'essentiel : «Les gens voulaient savoir que l'histoire des Noirs au Québec ne date pas juste d'hier». Gaes Samuel Sendje, étudiant, s'est arrêté au kiosque du FJAQ. «Je suis Noir et il y a des morceaux de l'histoire que je ne connaissais pas», dit-il. «Ça démystifie et ça renseigne sur des trucs que nous-mêmes on ne savait pas.» Avant de repartir, il s'est servi quelques beignets, avec le sourire complice de Victoire et Keza-Roxy.

Un mois relationnel

Ces moments-là, c'est précisément ce que visait le Cégep en ouvrant ses portes aux organismes communautaires. Comme le rappelait Marc-Olivier Gingras dans nos pages, les activités du mois «[favorisent] la compréhension, la rencontre et le dialogue». Et Christian Alain Djoko, qui donnait le lendemain une conférence sur les perspectives africaines, le formulait ainsi : «Ce n'est pas un mois identitaire refermé sur lui-même. C'est un mois relationnel.»

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