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La ministre Guilbault de passage dans Bellechasse

Troisième lien : des discussions franches, mais pas d’avancement

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Flanquée de Stéphanie Lachance, Geneviève Guilbaut a rencontré les médias après sa rencontre avec les élus et intervenants socioéconomiques de Bellechasse. Photo : La Voix du Sud - Serge Lamontagne

08 mai 2023 09:17

Répondant à la demande qui lui a été faite par Développement économique Bellechasse, la ministre des Transports et vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbaut, s’est rendue dans les locaux de la MRC de Bellechasse, jeudi dernier, afin de rencontrer les élus et intervenants socioéconomiques de Bellechasse.

Par Serge Lamontagne – Collaboration spéciale La Voix du Sud

Sa décision de mettre un terme au projet de troisième lien autoroutier entre les deux rives, pour se concentrer uniquement sur un lien consacré au transport en commun, était bien sûr au cœur des discussions qui ont été qualifiées de franches, directes, mais corsées par moments, ont indiqué les différents intervenants au dossier rencontrés sur place.

Au terme de cette rencontre, Mme Guilbault, flanquée de la députée de Bellechasse Stéphanie Lachance, a mentionné que les deux parties avaient convenu de l’importance de mettre en place une structure ou comité communicationnel «qui nous permettra de continuer à échanger avec les gens de la Rive-Sud sur l’amélioration de la fluidité et de la mobilité entre nos deux régions, de documenter tout cela, chiffrer les incidences au niveau économique et transmettre les besoins».

«Il y a eu de très bonnes discussions, très franches, lors desquelles on a discuté des enjeux entourant l’abandon du projet. En bout de course, nous convenons de l’importance de travailler ensemble pour l’avenir de la région, de l’est du Québec et de Bellechasse, ainsi que tous les projets qui peuvent en découler», a pour sa part indiqué Mme Lachance qui a toutefois convenu, comme elle l’avait fait auparavant, que la structure proposée pour le moment, soit un troisième lien consacré uniquement au transport en commun, était loin de répondre aux attentes des gens de Bellechasse, soit celui d’avoir un troisième lien à l’est pour les véhicules lourd, le transport de marchandises et la mobilité de la main-d’œuvre.

Revenant sur la rencontre à laquelle participaient également bon nombre d’élus, à la suggestion de Mme Lachance, Geneviève Guilbault a reconnu que sa décision avait engendré beaucoup de déception dans Bellechasse, qu’elle n’était pas surprise de cette réaction des intervenants locaux.

«Un des éléments qui a été beaucoup été abordé, et les élus sont revenus là-dessus, c’est qu’on avait longtemps pensé que ce serait un lien à l’est et qu’au moment où on l’a replacé de centre-ville à centre-ville, c’était un changement qui modifiait leurs plans. Ils auraient préféré qu’on continue à regarder pour un plan à l’est, surtout qu’il n’y avait pas de possibilité les camions lourds dans le tunnel. C’était un enjeu pour eux», a-t-elle ajouté en réitérant que pour le moment, le projet de transport collectif de centre-ville à centre-ville demeurait et qu’il y aurait des effets bénéfiques de relier les deux centre-ville de cette manière.

Revenant sur sa décision du 20 avril dernier, elle a rappelé que les chiffres qu’elle avait reçus ne lui démontraient pas la nécessité d’avoir un autre lien autoroutier de centre-ville à centre-ville ou même plus à l’est, «mais ce n’est pas une fatalité et cela pourrait revenir dans quelques années».

«Les gens, comme le disait M. Vallières, disent vouloir travailler pour l’avenir, pour 2036, 2038 ou 2040 et je ne peux pas être contre cela. Les documents que j’ai déposés ont des visées pour ces années-là et dans ma tête, on pourrait frôler le million d’habitants au total à ce moment, avec la grande CMQ élargie d’ici 2036, 38 ou 40», a-t-elle conclu.

Déception des intervenants

Invités à commenter le déroulement de cette rencontre et les propos de la ministre Guilbault, autant le directeur de développement économique Alain Vallières que le préfet Yvon Dumont ont fait part de leur déception, tout en rappelant, disait M. Dumont, que les attentes n’étaient pas nécessairement élevées de leur part.

«Nous sommes contents que Mme Guilbault ait accepté de venir nous parler dans Bellechasse, mais ceci étant dit, on n’est pas nécessairement satisfaits de ce qui a été dit, car ça ne répond pas nécessairement à nos attentes. Ce qu’on retient, c’est un discours urbain, un discours qui ne reflète pas les besoins du monde rural. On a beaucoup de craintes pour le développement du monde rural dans l’avenir, car on n’a pas senti beaucoup d’écoute à ce niveau», a-t-il indiqué d’emblée.

Il a tenu à préciser qu’ils avaient réclamé la création d’un comité pour regarder la possibilité d’établir un lien autoroutier à l’est. «Bien sûr, il y a eu beaucoup de tergiversations et de formulation, mais nous notre demande est claire. On veut un lien autoroutier à l’est, car c’est un besoin pour nos entreprises, pour le développement économique et assurer une ceinture périphérique. Le transport de marchandises est important, car on veut soutenir nos entreprises. C’est ce qui fait la vitalité de notre milieu et de son côté, évidemment, le gouvernement ne semble pas avoir la même approche, la même écoute», a-t-il déploré en ajoutant qu’il n’était pas question de lâcher prise dans ce dossier.

«Il y a eu de l’ouverture à mettre en place une table de communication, mais ce qu’on veut, c’est travailler sur le besoin. Les chiffres, nous les avons aussi et quand on nous dit que le débit journalier moyen annuel sera de 143 000 véhicules en 2036, je n’ai pas besoin de savoir celui de 2023, 2024 ou 2025. On travaille pour 2035-2040, on travaille pour l’avenir. On sait que si on commence à travailler aujourd’hui sur un projet semblable, c’est en 2035, 2038 ou 2040 qu’il va se réaliser et on ne peut pas attendre que nos entreprises aient quitté notre milieu ou notre territoire pour agir.»

De son côté, le préfet Yvon Dumont ne s’est pas dit convaincu des propos de Mme Guibault, ajoutant qu’à ses yeux, elle ne semblait pas vouloir travailler avec eux pour un prochain lien. «Dans les fait, on ne sent aucun appui gouvernemental pour un lien rive nord/rive sud pour les véhicules et le transport des marchandises. Elle était ou semblait ouverte, mais ne semblait pas vouloir répondre à notre demande. Ce type de rencontre contribue toujours positivement, mais ça ne débouchera pas demain matin. On est toujours ouverts à collaborer, mais il va falloir d’un début de collaboration (de leur part) aussi», poursuivait-il.

«Cela fait des mois que je demande une rencontre avec Mme Guilbault en lien avec le troisième lien et je n’en ai jamais eu. C’est par le biais de DEB qu’on a réussi à la faire venir ici pour lui en parler. On peut dire que la politique s’efface du dossier et c’est maintenant Développement économique Bellechasse qui va s’en emparer. On n’impose rien, on leur laisse le choix du tracé. On a un besoin, c’est le transport de véhicules et de marchandises entre les deux rives.»

Présidente de la Chambre de commerce Bellechasse-Etchemins, Nathalie Roy était elle aussi présente lors de la rencontre. En tant qu’entrepreneure, elle a rappelé l’importance d’un troisième lien autoroutier pour les entreprises et les retombées positives qu’une telle infrastructure pourrait avoir sur l’économie et l’attraction de la main-d’œuvre.

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