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276 hectares à l'est de Lévis

Québec va de l’avant avec l’achat des terres de Rabaska

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Les terres de Rabaska deviendront bientôt la propriété du gouvernement du Québec. Photo : Archives - GIRAM

21 févr. 2024 02:44

Le gouvernement provincial a confirmé, le 21 février, qu'il a conclu une entente de principe avec Rabaska et Société en commandite Rabaska pour l’achat par Québec des 276 hectares du site de Rabaska.

Toutefois, contrairement aux estimations données par Pierre Fitzgibbon, le ministre de l'Économie du Québec, lorsque le projet avait été éventé il y a quelques mois, la transaction coûtera plus cher aux contribuables québécois. Le conseil des ministres a autorisé l’achat du site de Rabaska pour la somme de 38 M$, alors que le ministère de l’Économie estimait plutôt devoir dépenser entre 29 et 34 M$.

Par voie de communiqué, le gouvernement provincial a argué que l'acquisition était nécessaire vu l'intérêt stratégique du site pour le développement économique de la région de Québec, comme il est situé à proximité du fleuve Saint-Laurent, de l'autoroute 20 ainsi que d'un réseau ferroviaire et qu'il offre des sols de très bonne qualité agronomique.

Selon ce que rapporte le Journal de Québec, le gouvernement provincial veut qu’une partie de sa nouvelle acquisition serve au développement d’une filière maritime. Cela répond au désir du maire de Lévis, Gilles Lehouillier, qui espère y implanter le parc industriel Lévis-Est, qui accueillerait plusieurs entreprises en vue de l’accroissement des activités du Chantier Davie avec son intégration dans la Stratégie nationale de construction navale.

D'ailleurs, le gouvernement du Québec a précisé, dans le document transmis aux médias, que la Ville de Lévis, le gouvernement du Québec et le Port de Québec «souhaitent développer sur le site un projet favorisant un usage mixte».

Selon le scénario retenu, une portion du terrain d’une superficie de 167,1 hectares serait utilisée à des fins industrielles et quelque 109 hectares seraient réintégrés en zone agricole.

«Des fois, tu travailles et tu n'obtiens pas les résultats voulu. Là, Pierre Fitzgibbon, André Lamontagne (ministre de l'Agriculture), Gilles Lehouillier, d'autres acteurs et moi, on a réussi. C'est encore un autre bel investissement pour le développement économique de Lévis. Il n'y a plus beaucoup de terrains pouvant être développés et avec un accès au fleuve dans la région de Québec. Il faut être fier, c'est une belle journée pour Lévis, la Chaudière-Appalaches et la zone économique métropolitaine», s'est réjoui Bernard Drainville, député de Lévis et ministre responsable de la Chaudière-Appalaches, en entrevue au Journal.

«Un sapré beau coup»

Estimant comme Pierre Fitzgibbon que le gouvernement caquiste a payé un prix «qui reflète la juste valeur marchande du site», Bernard Drainville est convaincu que la partie des terres de Rabaska réservées au développement d'une zone industrielle se développeront rapidement comme le Chantier Davie bourdonnera bientôt.

«Selon les discussions que j'ai pu avoir avec le cabinet de Jean-Yves Duclos (ministre fédéral et député de Québec), je suis confiant que le gouvernement fédéral donnera bientôt les contrats de brise-glaces à la Davie. Ils sont dans le dernier droit des discussions. Aussi, Davie effectue des démarches avec d'autres pays afin d'obtenir d'autres contrats, qui auront des retombées à Lévis», a partagé le député de Lévis.

Par ailleurs, Bernard Drainville est heureux que la vision de son gouvernement pour sa nouvelle propriété propose un «bel équilibre».

«Je crois que le retour d'une centaine d'hectares en zone verte corrige d'une certaine manière une erreur, peut-être, commise en 2007. Nous développerons ces terres au bénéfice de la population québécoise, dans un bel équilibre entre la création de richesse, la protection environnementale et la poursuite de l'exploitation agricole», a-t-il soutenu.

Le maire jubile

En marge d’une conférence de presse sur un autre sujet, le premier citoyen de Lévis n’a pas caché sa joie devant la concrétisation de l’acquisition, même s’il attendait toujours l’approbation officielle de la transaction par Québec.

Rappelons qu’en juin dernier, son administration avait lancé un processus d’expropriation pour plus de la moitié du site de Rabaska. Par cette manœuvre, Lévis voulait s’assurer de conserver le contrôle sur les usages du site alors que le Port de Québec, une entité fédérale qui n’est pas obligée de respecter les règles de zonage, était sur le point de boucler l’acquisition des quelque 270 hectares. Lorsque l’intention du gouvernement du Québec d’acquérir le site en juillet dernier avait été révélée, Gilles Lehouillier avait applaudi cette solution.

«L’acquisition du site par Québec, c’est l’option que l’on a privilégiée. C’est le meilleur des mondes pour nous. Ça fait un an et demi qu’on demande un coup de pouce au gouvernement provincial pour l’acquisition de ces terrains. Je trouve qu’il s’agit d’un geste extraordinaire de la part du gouvernement provincial pour le développement de la zone économique métropolitaine. […] Le gouvernement du Québec a frappé le bon coup», a affirmé le maire de Lévis.

L'UPA salue des efforts

Réclamant que le site de Rabaska retourne dans son entièreté dans la zone agricole, l'Union des producteurs agricoles du Québec a accueilli «d'un bon œil» la décision de réintégrer 109 hectares de sa nouvelle propriété à la zone agricole.

«Le Syndicat de l'UPA de Lévis prend acte de l'annonce. Bien que nous aurions souhaité un retour complet des terres en zone agricole, nous nous réjouissons que les productrices et les producteurs puissent maintenir leurs activités sur les terres en culture. Avant de nous prononcer davantage, nous souhaitons attendre la confirmation de la transaction afin de décider quelle sera la suite des procédures judiciaires en cours», a notamment indiqué le président du regroupement lévisien, Jean-Paul Tardif.

«Je ne dormirai tranquille que lorsque les terres rétrocédées à la zone agricole seront protégées par une fiducie. Rappelons que les terres cultivées sont majoritairement situées au nord et risquent d'être rapidement enclavées entre le fleuve et les projets industriels qui se développeront au sud», a pour sa part ajouté James Allen, président de la Fédération de l'UPA de la Chaudière-Appalaches.

Notons qu'en entrevue avec le Journal, le député de Lévis et ministre responsable de la Chaudière-Appalaches, Bernard Drainville, a déclaré qu'il était ouvert à discuter avec l'UPA de la question »pour trouver la meilleure formule pour assurer l'avenir de ses terres pour les générations futures».

Pour l'UPA, des leçons doivent également être tirées «de cette longue saga qui n'avait pas sa raison d'être, au regard notamment du contournement unilatéral des compétences de la Commission de protection du territoire agricole du Québec».

L'organisation espère que des efforts seront consacrés à la protection des zones plus fragiles, incluant plusieurs milieux humides, parmi les terres non rétrocédées aux usages agricoles.

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