Au final, la CRÉ maintient essentiellement les délimitations présentées dans sa proposition révisée qu'elle avait déposée à l'Assemblée nationale le 2 décembre dernier.
S'il n'y a pas de changements aux sept circonscriptions de la Chaudière-Appalaches, la nouvelle carte électorale retirera une circonscription sur l'île de Montréal et en Gaspésie, comme les électeurs sont actuellement surreprésentés à l'Assemblée nationale selon les critères prévus à la Loi électorale.
Ces retraits permettront d'ajouter un comté dans la région Estrie/Centre-du-Québec (la nouvelle circonscription de Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie) ainsi qu'un autre dans la région Laurentides/Lanaudière (la nouvelle circonscription de Bellefeuille), des secteurs sous-représentés au parlement selon les critères de la Loi électorale.
Sur l'île de Montréal, la CRÉ modifie également la délimitation proposée entre les circonscriptions de Pointe-aux-Prairies (formée en partie des circonscriptions actuelles de Pointe-aux-Trembles et de LaFontaine) et d'Anjou-LaFontaine (formée en partie des circonscriptions actuelles d'Anjou-Louis-Riel et de LaFontaine) pour l'établir sur le boulevard Rivière-des-Prairies. Elle réunit ainsi la communauté naturelle située autour du boulevard Rodolphe-Forget dans la circonscription d'Anjou-LaFontaine.
Dans la région des Laurentides, la CRÉ maintient les délimitations actuelles des circonscriptions de Groulx et de Blainville. Elle proposait un changement à leur délimitation mitoyenne pour réduire le nombre d'électeurs dans la circonscription de Blainville, mais la croissance dans ce secteur est plus faible que prévu. L'intégrité des limites territoriales des villes concernées sera ainsi protégée.
Par ailleurs, la CRÉ maintiendra le toponyme Matane-Matapédia, alors que le toponyme Matane-Matapédia-Mitis devait entrer en vigueur lors des prochaines élections générales. Les élus avaient modifié le nom de cette circonscription, en juin dernier, dans la Loi remplaçant le nom de la circonscription électorale de Matane-Matapédia par Matane-Matapédia-Mitis, qui a été adoptée en fonction de la délimitation actuelle de la circonscription. La modification que la CRÉ apporte à cette délimitation fait en sorte que ce nom ne reflète plus la réalité géographique de la circonscription, le territoire de la MRC de La Mitis ne s'y trouvant plus entièrement.
Des modifications sont aussi apportées aux limites de certaines circonscriptions des régions de la Capitale-Nationale, de Laval, de la Montérégie, de l'Outaouais et du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
La CRÉ maintient aussi les délimitations de sa proposition révisée pour la région de la Montérégie, dont le transfert de Coteau-du-Lac dans la circonscription de Beauharnois.
Réactions politiques
Notons cependant que ces changements pourraient être renversés au cours des prochaines semaines. Comme l'avait exprimé l'Assemblée nationale avec l'adoption d'une loi maintenant la carte électorale en vigueur en 2022 pour les élections de 2026, le gouvernement caquiste s'oppose au redécoupage proposé par la CRÉ.
Il a d'ailleurs demandé à la Cour suprême du Canada de se pencher sur la situation et de casser la décision de la Cour d'appel du Québec, qui a jugé la loi maintenant la carte électorale de 2022 inconstitutionnelle. Cette décision a donné le feu vert à la CRÉ pour poursuivre ses travaux et mettre en place le redécoupage qu'il proposait.
Pour sa part, Québec solidaire a plaidé pour que l'Assemblée nationale adopte une nouvelle loi qui ferait passer le nombre de parlementaires de 125 à 127 afin de ne pas supprimer les circonscriptions éliminées en Gaspésie et à Montréal par la CRÉ dans sa nouvelle carte électorale.
«On ne peut pas, d'un côté, dire vouloir rapprocher la démocratie des citoyens et, de l'autre, enlever des sièges à des communautés qui ont déjà moins de poids politique. La démocratie québécoise ne peut pas se construire en affaiblissant la voix de la Gaspésie ou de l'est de Montréal. Passer de 125 à 127 députés permettrait d'accueillir les nouvelles circonscriptions dans les Laurentides et le Centre-du-Québec sans sacrifier qui que ce soit», a argué Alexandre Leduc, député solidaire responsable en matière d'institutions démocratiques.