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Abolition du PEQ : une famille lévisienne risque d’être expatriée

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Photo : Étienne Vallières

20 janv. 2026 10:57

Avec l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) annoncée le 19 novembre dernier par Jean-François Roberge, ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, certaines personnes ont perdu leurs acquis qui rendaient possible leur résidence permanente. C’est le cas de Céline Rougé Aubry et de sa famille, qui pourraient être contraints de quitter le pays d’ici moins d’un an.

Arrivée à Lévis il y a presque trois ans avec ses filles de 16 et 9 ans ainsi qu’avec son mari assembleur-soudeur, Céline Rougé Aubry et sa famille ont décidé d’immigrer au Québec après y avoir passé des vacances, environ deux ans avant. Les Français d’origine sont tombés en amour avec le Québec, se sont fait une nouvelle vie à Lévis et y ont scolarisé leurs filles.

«La gentillesse des gens, les enfants qui peuvent jouer dans les rues, les parcs propres et en bon état. Ici, c’est une vie qu’on a connu il y a peut-être 20 ans, mais qu’on ne connaissait plus. Quand on est rentré en France, on se disait que ce n’était pas possible de vivre comme ça. On a donc cherché comment venir ici, on s’est assuré que c’était ok avec les enfants et on a fait toutes les démarches pour immigrer», explique Céline Rougé Aubry.

C’est en s’informant auprès d’Accès Études Québec qu’on a appris l’existence du PEQ à la famille, ce programme qui permettait aux travailleurs qualifiés qui avaient obtenus un diplôme du Québec d’obtenir leur résidence permanente. Céline Rougé Aubry est donc retournée sur les bancs d’école pour obtenir un diplôme en secrétariat, pendant que son mari s’est trouvé un emploi comme assembleur-soudeur, un métier en pénurie de main-d’œuvre. Après ses études, Céline Rougé Aubry a obtenu un permis de travail post-études allant jusqu’en octobre 2026. Pour sa part, son mari a un permis de travail ouvert.

«On nous avait expliqué que le Québec était en pénurie de main-d’œuvre, donc ils nous ont dit qu’on pourrait venir avec un permis d’études et que l’autre pourrait travailler avec un permis de travail ouvert. Accès Études Québec nous avait expliqué que le PEQ nous donnerait la résidence permanente quand mon mari aurait deux ans de travail dans son métier. Il les a eus en novembre. Mais là, notre cher ministre a décidé de fermer le PEQ», ajoute la Lévisienne.

Abolition du PEQ

Si la famille sentait venir la fin du PEQ, elle ne se doutait pas qu’elle l’apprendrait dans les nouvelles, sans connaître son sort. Bien que le programme ait été remplacé par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), personne n’a avisé les Rougé Aubry des nouvelles marches à suivre. Ce faisant, la famille espère être sélectionnée par le nouveau programme, sans quoi elle devra retourner en France dans moins d’un an.

«On s’est senti trahis, déçus et surtout perdus, lance Céline Rougé Aubry. On s’est dit que ce n’était pas possible. On a vendu toutes nos affaires, on a construit notre vie ici, on a laissé notre famille, on s’est fait des amis, on a trouvé des emplois, on paie des impôts, on est contents de le faire, parce qu’on adore notre vie ici. Maintenant, on nous dit merci, au revoir. Ça envoie le message que le Québec nous a menti, qu’il nous a trahi.»

Désormais, les Rougé Aubry vivent chaque jour avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, puisqu’ils ignorent ce qui arrivera de leur situation. Ils ont la chance d’avoir des employeurs qui les soutiennent et qui tentent même de leur produire des permis de travail, mais rien n’est gagné. S’ils ne réussissent pas à obtenir un permis de travail, la date butoir pour obtenir une réponse du PSTQ est donc en octobre, à la fin du permis post-étude de Céline Rougé Aubry.

«On est là pour profiter de cette vie que le Québec peut nous offrir et pour donner ce qu’on peut apporter au Québec, indique-t-elle. Ce que je déplore, ce sont les décisions qui ont été prises par le gouvernement. Les décideurs, ce sont des gens qui vivent dans une tour d’ivoire et qui ne voient pas ce qui se passe dans la réalité. Ici, c’est chez moi, donc je ne me vois pas quitter les amis que je me suis faits, mon travail, le sport, toute ma vie. En 23 ans de carrière, c’est la première fois où je vais au boulot tous les matins avec le sourire aux lèvres et le cœur léger. Je ne veux pas quitter.»

Pas un cas isolé

Si Céline Rougé Aubry considère que la question de l’immigration est complexe au Québec et que trop d’immigrants tentent de venir au pays sans s’être informés suffisamment, elle est tout de même critique des décisions gouvernementales qui ne prennent pas en considération les différents statuts d’immigrants.

«On est des immigrants économiques, donc on a payé beaucoup pour être ici, on s’est battu. On n’a pas d’assurance maladie, on doit avoir des sommes considérables, on doit passer des tests. On paie beaucoup, mais ça nous fait plaisir, parce qu’on est heureux ici. On a fait tout ce qu’on nous a demandé et maintenant on nous dit au revoir», ajoute la Lévisienne, qui rappelle que de nombreux immigrants sont maintenant dans cette situation.

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