Par Agence Science-Presse - (www.sciencepresse.qc.ca)
Dans une recherche publiée en décembre et qui s’appuie sur des données de la sonde américaine Juno, une équipe brosse un portrait qui, à première vue, n’est pourtant pas si différent de celui qu’on avait d’Europe depuis les années 1990 : une surface de glace d’au moins 10 kilomètres d’épaisseur, en-dessous de laquelle pourrait se cacher une «couche» d’eau liquide.
Mais les nouvelles données permettent d’ajouter un détail important: la glace serait beaucoup plus uniforme que prévu. Ce qui veut dire qu’il n’y aurait pas suffisamment de fissures et d’imperfections dans cette glace pour permettre des déplacements de nutriments vers l’océan, concluent les chercheurs de l’Institut de technologie de Californie et de six autres institutions des États-Unis.
La sonde Juno, qui tourne autour de Jupiter depuis 2016, a survolé Europe de près en septembre 2022 —à une altitude de 360 km. Assez près pour analyser la glace avec son radar, et pour fournir les premières mesures directes de l’épaisseur de la glace. Elle n’est que la deuxième sonde spatiale à tourner autour de Jupiter, après Galileo (1995-2003).
Alors qu’on estimait jusqu’ici que la glace faisait «entre 10 et 50 km» d’épaisseur, les nouvelles mesures resserrent l’estimation entre 19 et 39 km. Mais le plus important est que les fissures et les trous ne s’étendent probablement que jusqu’à quelques centaines de mètres, avec un rayon de tout au plus quelques centimètres, lit-on dans l’étude, parue dans Nature Astronomy.
Or, dans les scénarios envisagés par les biologistes, pour que de la vie puisse survivre à long terme dans l’océan, il faut qu’il y ait des mécanismes par lesquels des nutriments ou des molécules organiques puissent être transférés à cet océan. Sans quoi, résume la chercheuse australienne Helen Maynard-Casely dans le New Scientist, «vous êtes coincé avec ce qu’il y avait dans l’océan au début».
La sonde américaine Europa Clipper, lancée en 2024, devrait être la prochaine à approcher cette lune, en 2030. Elle est équipée elle aussi pour analyser plus en détail cette couche de glace ainsi que l’espèrent les chercheurs l’océan qui se trouve dessous celle-ci.