Pour célébrer ses 40 ans, Regart a pris le pari, avec LAB40, de réunir cinq artistes qui ne se connaissent pas et les a chargés de créer un projet commun en un temps record. Sélectionnés par un jury de pairs, les membres du collectif se sont d’abord rencontrés pour une première fois au début du mois de mai et ont par la suite été conviés à créer une exposition lors d’une résidence intensive qui s’est déroulée du 1er au 12 juin.
«On avait envie de travailler avec l’idée de la collectivité, soutient Claire Goutier, directrice générale de Regart. On est allé s’inspirer des cabarets kinos, qui font des gros laboratoires de création et où tout le monde met la main à la pâte dans les projets de tout le monde. Il y avait un peu cette énergie qu’on avait envie d’aller chercher, soit d’emmener les artistes en art visuel actuel à créer différemment.»
Basse mer
Le résultat du défi qui a été lancé aux artistes Andrée-Anne Laberge, Catherine Sheedy, Émile Couture, Olivier Moisan Dufour et Sarah Lajoie-Asselin est Basse mer, une exposition estivale influencée par l’observation du cycle naturel du fleuve qui a offert aux résidents des «moments privilégiés pour se rencontrer, échanger, explorer le rivage et nourrir leur réflexion».
Claire Goutier a proposé une thématique aux artistes pour qu’ils puissent démarrer leur processus de réflexion, mais celui-ci a rapidement laissé cours à des nouvelles idées qui ont mené à l’exposition.
«Je les ai lancés sur un thème humoristique lié à la programmation, soit la crise de la quarantaine. Il n’est pas resté, évidemment, mais il a alimenté les réflexions. C’était le point de départ, mais ça les a emmenés à avoir une réflexion sur le passage du temps», explique-t-elle.
Puisque les cinq artistes arrivaient tous avec une discipline différente, soit le bijou contemporain, le cinéma, l’art audio, la peinture installative et le miniature, ils ont dû trouver une manière de faire arrimer leurs techniques. C’est en collaborant autour du fleuve que cela a été rendu possible.
«Une des artistes avait commencé un protocole de création autour de la marée. À chaque marée basse, elle se levait pour aller faire de la collecte sur le bord du fleuve. C’est devenu pour tous un point de rendez-vous. Après, ils ont préféré avoir chacun leur espace de création, donc ils avaient les deux galeries à leur disposition et ils se sont dispersés dans l’espace. Ils sont restés dans leur discipline, mais toujours en échangeant sur les thématiques. C’est dans la mise en espace qu’il y a un mélange des disciplines qui crée un tout cohérent, mais multidisciplinaire», explique Claire Goutier.
Les 40 ans de Regart
Si le LAB40 a été le coup d’envoi des célébrations des 40 ans de Regart, la directrice générale n’exclut pas de retenter l’expérience, mais sous une formule différente, puisque celle-ci a été coûteuse.
Dans tous les cas, cet anniversaire a été l’occasion de faire le bilan de l’histoire mouvementée de Regart.
«Ça n’a pas été sans embûches pour Regart. À chaque fois qu’on a eu un lieu, on a été déraciné, non pas par choix, mais plutôt par force. Il est arrivé beaucoup de péripéties, mais malgré tout, Regart est encore là. Les mots qui sont revenus en faisant notre rétrospective sont persistance et résilience. On est là et on est supporté par la communauté d’artistes qui s’impliquent dans leur organisme», conclut Claire Goutier.