Par Renaud Labrecque
Pour commencer, les municipalités possèdent déjà tous les pouvoirs nécessaires pour augmenter la taxe foncière comme elles le souhaitent, si elles jugent que c’est nécessaire pour financer leurs infrastructures. Le véritable objectif de cette «nouvelle» fiscalité semble plutôt être de se dédouaner de la décision la plus importante qu’un conseil municipal doit prendre chaque année : la taxation lors de la préparation du budget.
Sous le couvert d’une prétendue uniformité ou de nouvelles méthodes de calcul, ils pourront prétendre qu’il ne s’agissait pas réellement de leur décision, mais simplement d’un taux recommandé ou d’un cadre technique qu’ils «devaient» appliquer. Pourtant, si une municipalité veut augmenter les taxes de 20 %, elle peut déjà le faire aujourd’hui. Pas besoin d’étude, je vous l’apprends gratuitement. Rien ne l’en empêche légalement.
La différence, c’est qu’une telle décision vient avec une pression politique énorme et une responsabilité publique difficile à assumer devant les citoyens. Ce que leur «nouvelle» fiscalité permettra justement d’éviter.
Créer une approche où ils pourront ensuite dire : «Ce n’est pas nous. Les experts, les nouvelles méthodes de calcul ou les regroupements nous le recommandent». Une pression de conformité entre les élus se créera rapidement, où plusieurs auront peur d’aller à contre-courant simplement parce que “tout le monde le fait”, un peu comme la pression de groupe qu’on retrouve chez des adolescents à l’école secondaire.
On pense même à offrir des cadeaux financiers aux villes qui oseront taxer davantage, ce qui créera une pression encore plus malsaine où certains élus auront peur de «laisser de l’argent sur la table», exactement comme un client dans un buffet à volonté qui retourne chercher une cinquième assiette simplement parce qu’elle est incluse, même s’il n’a déjà plus faim. Une logique qui démontre surtout une incapacité à s’autoréguler.
Parce qu’à entendre certains «experts», qui ont souvent eux-mêmes participé à construire le chaos actuel, la seule solution imaginable semble être de taxer davantage. Toujours davantage. Comme si le portefeuille des citoyens était devenu un guichet automatique illimité branché sur une machine administrative incapable de se remettre en question.
Et la déconnexion devient encore plus insultante lorsqu’on entend certaines municipalités, et même certains «experts», prétendre que les villes auraient «sous-taxé» les citoyens dans les dernières années simplement parce que les hausses suivaient l’IPC.
3 % sur quoi exactement?
Parce qu’augmenter de 3 % une taxe sur une maison qui valait 125 000 $ il y a quelques années et qui en vaut maintenant 500 000 $, ce n’est absolument pas une hausse réelle de seulement 3 % pour le citoyen. La facture finale, elle, explose littéralement.
Et surtout, le simple fait qu’une maison passe de 125 000 $ à 500 000 $ ne crée absolument pas, à lui seul, une hausse équivalente des dépenses pour la municipalité. Les rues ne coûtent pas quatre fois plus cher à déneiger. L’aqueduc ne transporte pas quatre fois plus d’eau. Les camions ne font pas quatre fois plus de trajets. Pourtant, les revenus de taxation, eux, augmentent massivement.
Dans le monde municipal, parler de taxation sans tenir compte de l’explosion des valeurs foncières n’a aucun sens. Les deux sont indissociables. Une hausse de taux peut sembler faible sur papier, mais lorsque l’évaluation foncière a doublé, triplé ou quadruplé, l’impact réel sur le portefeuille du contribuable devient majeur.
Et maintenant, certains veulent normaliser des hausses supérieures à l’inflation en créant des mécanismes permettant pratiquement de les «automatiser» au nom de la prévisibilité financière. Le problème fondamental aujourd’hui n’est pas un manque d’argent. Le problème, c’est qu’une portion grandissante de cet argent est absorbée par une machine devenue beaucoup trop lourde, beaucoup trop complexe et beaucoup trop confortable.
Continuer de croire qu’on peut remplir une chaudière pleine de trous simplement en y versant toujours plus d’eau relève de l’aveuglement volontaire. La véritable responsabilité politique ne consiste pas à trouver des façons plus élégantes d’augmenter les taxes. Elle consiste à démontrer qu’on est capable de gérer correctement l’argent déjà confié par les citoyens.
Il faut quand même souligner l’ironie : les gens qu’on présente aujourd’hui comme des références pour «sauver» le système sont exactement les mêmes gestionnaires qui ont contribué à nous mener là où nous sommes. Personnellement, je vais garder une petite gêne avant de prendre des leçons de ceux qui ont aidé à creuser le trou. Je ne demanderai pas au pyromane comment éteindre l’incendie qu’il a lui-même allumé. Merci pour votre avis… mais je vais continuer d’offrir et d’exiger mieux que ça.
Finalement, promouvoir le principe du «faire plus avec plus» finit par produire le même résultat qu’une mauvaise équation mathématique : deux idées négatives ne donnent pas forcément du positif. Et malheureusement, cette réalité s’applique parfaitement à cette proposition aussi.
Cette chronique fait partie de notre section Opinions, qui favorise une pluralité d'idées. Elle reflète l'opinion de son auteur, pas celle du Journal de Lévis/Peuple Lotbinière.