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Lettre ouverte

Lévis présente le pire bilan en matière de protection du territoire agricole au Québec

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Photo : Archives - GIRAM

21 févr. 2024 08:33

Monsieur le premier ministre du Québec, Les données de la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) fournies dans le cadre de la présente Consultation nationale sur le territoire et les activités agricoles - Agir pour nourrir le Québec de demain, nous permettent de dresser un bilan du dézonage agricole à Lévis en comparaison du reste du Québec.

Le constat est très sévère et met en relief la fragilisation accélérée de l’agriculture dans la zone périurbaine de Lévis. Depuis une trentaine d’années, Lévis est la grande ville qui a connu le plus fort dézonage agricole au Québec en proportion de son territoire: une perte de 1018 hectares ou 10 kilomètres carrés. Une superficie plus grande que 10 fois celle des Plaines d’Abraham à Québec.

Photo : Courtoisie - Jean Gosselin et Françoise Legault

Comparativement, la Montérégie affiche un bilan légèrement supérieur à Ville de Lévis, mais pour un territoire agricole 24 fois plus grand et une population 10 fois plus importante. Si Lévis était une région administrative, en fonction de la superficie perdue sur un aussi petit territoire agricole, elle serait bonne dernière au classement québécois. À noter que Lévis vient aussi contribuer d’une façon appréciable au bilan négatif affiché par sa région administrative, Chaudière-Appalaches.

Photo : Courtoisie - Jean Gosselin et François Legault

Ville de Lévis, proactive dans des demandes de dézonage

 Il y a des élus qui soutiennent avec vigueur que ce sont les agriculteurs et agricultrices qui, en vendant leurs terres à fort prix et rapidement à des promoteurs, sont les grands responsables de la perte de territoire agricole à Lévis.

Ils auront à nous en faire en la démonstration. À Lévis, les élus ont donné leur appui à des promoteurs pour des demandes supplémentaires de dézonage agricole visant 209,5 hectares auprès de la CPTAQ depuis 2018. Récemment, ils ont soutenu à l’encontre de l’avis même de la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ), un projet de chalets de luxe en zone verte. Heureusement et grâce à la vigilance de la CPTAQ, ces demandes ont toutes été rejetées.

Le retour des terres de Rabaska à la zone agricole n’est pas une option, c’est une obligation

Sacrifier les terres de Rabaska pour en faire un parc industriel est une très mauvaise idée dans les circonstances. Cela viendrait compromettre la survie d’un bien plus grand secteur agricole que les 272 hectares arrachés par décret au territoire à l’est de Lévis en 2007. Dans son avis au Gouvernement, la CPTAQ avait ensuite bien mis en évidence les effets délétères qu’aurait la création d’un parc industrialo-portuaire pour l’agriculture à Lévis.

«Pour la protection du territoire et des activités agricoles, la réalisation de ce parc industrialo-portuaire signifiera la perte à long terme d’une superficie de plus de 500 hectares de terres agricoles et boisées, comportant environ 300 hectares de terres de potentiels agricoles moyens à bons, dont environ 150 hectares cultivés. C’est donc la vocation de tout un secteur de la zone agricole qui pourrait être compromise à long terme.»

Vous disposez donc aujourd’hui, Monsieur le premier ministre, d’un motif supplémentaire pour réintégrer les 272 hectares des terres de Rabaska en zone agricole, sous la protection de la CPTAQ. Cela viendra améliorer sensiblement le bilan peu envieux de Lévis.

Mais pas suffisamment pour sortir Lévis de la cave du classement des principales villes du Québec, avec une perte nette de - 658 hectares de terres agricoles. Ce qui était une évidence est désormais devenu une nécessité et votre gouvernement doit agir rapidement.

L’autre motif est d’ordre légal et soulève une question précédemment amenée à votre attention. Cette question est à ce jour demeurée sans réponse de votre part. Un protocole d'entente conclu entre Rabaska et l'UPA prévoit qu'en cas de non-réalisation du projet de terminal méthanier à Lévis, la totalité des 271,7 hectares de terres soient retournés à la zone agricole québécoise.

En tant que futur acquéreur des terrains, votre gouvernement a-t-il l'intention de respecter les obligations contractuelles auxquelles il sera lié en lieu et place de Rabaska? Souhaitons que ces éléments puissent orienter votre réflexion sur l'urgence qu'il y a pour votre gouvernement d'agir rapidement à Lévis pour que nous, agriculteurs et agricultrices, puissions continuer à nourrir le Québec de demain.

Jean Gosselin, agriculteur, et Françoise Legault, agricultrice

Ferme des Ruisseaux, Pintendre

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