Jeune garçon un peu turbulent, Donald Cameron vivait avec sa tante qui manquait de temps pour le surveiller les midis. C’est pourquoi elle a demandé à son neveu, étudiant en architecture, de le faire dîner et de s’occuper de lui. Sans le savoir, c’est ce qui a planté les graines de sa future carrière.
«Il se disait qu’il devait trouver de quoi m’amuser, donc il m’a tendu des feuilles de papier et un crayon et m’a dit de copier ce qu’il faisait dans ses cours d’architecture, explique le centenaire. Moi, je ne pensais pas que j’apprenais quelque chose, mais il m’a gardé deux ans, à tous les midis. Sans le vouloir, il m’a montré ni plus ni moins tous les noms du métier. Un petit bonhomme qui n’a que ça à faire, ç’a rentré.»
Un début de carrière turbulent
Grâce à ses aptitudes en dessin et à de bons contacts, Donald Cameron a réussi à obtenir un poste de dessinateur à la Davie à ses 17 ans. Toutefois, à ses 18 ans, alors que la Deuxième Guerre mondiale fait rage, l’armée est venue le chercher directement à son travail pour l’envoyer dans les rangs, puisque son employeur avait oublié de remettre les papiers pour le conserver en poste.
«Quand j’arrives là, ils me donnent des vêtements et 15 minutes après, je suis un soldat. J’ai un fusil dans les mains, beaucoup de larmes sur le bord des joues et on m’envoie au camp», décrit le Lévisien.
N’ayant aucune envie d’aller à la guerre, Donald Cameron réussit à communiquer avec son employeur qui explique à l’armée qu’il a besoin de lui pour dessiner les navires canadiens. Après une journée au camp, le Lévisien obtient son congé pour retourner travailler et son patron le convainc d’aller étudier afin d’éviter de devoir s’entraîner pour la guerre. Il entreprend donc des cours de soir en métallurgie, en plomberie et en électricité. Ses études lui permettent donc d’éviter la guerre et de développer ses compétences.
Fort de son expérience de dessinateur et d’étudiant du soir, en plus du désir de sa nouvelle femme de quitter Lévis, Donald Cameron obtient un poste en usine à Charlesbourg. Toujours intéressé à apprendre, il y grimpe rapidement les rangs.
«Mon patron me dit “les mesures, le poids et toutes ces affaires-là, tu les connais par cœur”. Le directeur a demandé aux employés ce qu’ils en penseraient si je devenais leur boss. Le petit jeune avec des gars qui travaillent là depuis 40 ans. Et ils ont tous accepté. Il m’a donc donné le département de l’acier inoxydable», raconte le centenaire.
Des exploits internationaux
Après des années de travail et quelques années à son compte, Donald Cameron obtient un poste de surintendant chez Québec Ready Mix, où il travaille le ciment. Après des voyages aux États-Unis et en Italie, il est chargé de développer de l’équipement qui permettrait de construire le barrage de la Manic-5.
«Moi qui travaillais de la belle ouvrage avec du fer, je suis tombé dans le ciment avec mes bottes pleines de poussière quand je rentrais à la maison. Ma femme n’aimait pas ça. Je pensais arrêter après la job à la Manic-5, mais personne ne connaissait ce que je faisais, donc quand je disais que c’était assez, ils me demandaient combien je voulais et je continuais», mentionne le Lévisien en riant.
La machinerie que Donald Cameron a conçue pour couler le béton du barrage hydroélectrique, un malaxeur de ciment à entraînement pneumatique, est d’ailleurs la première machine de ce genre au monde. C’est également elle qui a permis de couler le béton pour le pont Pierre-Laporte.
Sans formation officielle, les exploits du centenaire lui ont éventuellement valu un diplôme de l’Université Laval stipulant qu’il avait «dépassé trois fois les exigences pour devenir ingénieur».
Maintenant à la retraite, Donald Cameron continue de travailler le métal, il peint et il suit avec intérêt le dossier d’un troisième lien à l’est.