Par Claude Genest
Lorsque l’on étudie les premiers pas de la ville de Lévis au XIXe siècle, on est frappé par le rôle fondamental joué par ce pasteur natif de Maskinongé en Mauricie. Considéré comme le fondateur de la ville, pour lequel il est un joueur clé en compagnie du révérend presbytérien Duncan Anderson (1828-1903). Curé-entrepreneur au parcours impressionnant, Déziel a fondé des institutions diversifiées qui perdurent. Bref, des institutions véritablement durables, car elles répondent à des besoins qui transcendent les siècles.
En effet, durant ses années de curé à Lévis en plus de la ville, il est à l’origine de l’église Notre-Dame en 1850, du Collège de Lévis en 1853, du Couvent de Lévis en 1857 (aujourd’hui l’École Marcelle-Mallet) et de l’hospice-orphelinat Saint-Joseph-de-la-Délivrance en 1879 (aujourd’hui le Centre d’accueil Saint-Joseph), quatre institutions répondant à des besoins essentiels qui sont toujours en action. Lorsque l’on s’y arrête, il s’agit d’un bilan remarquable.
Véritable porteur de la tradition de Joseph-David Déziel, l’abbé Loïc Bernard (1933-2018) du Collège de Lévis a souligné plusieurs fois à des gens intéressés que le curé Déziel a aussi encouragé la mise en place d’un réseau associatif diversifié. Il y a là une vision à 360 degrés du développement de la ville qui tient compte des volets économiques, culturel, éducatif, social et spirituel. Bref, le réel développement durable avant l’heure.
Dans un texte de présentation paru dans la réédition de la biographie de Déziel en 1989, le président de la Société d’histoire de Lévis de l’époque, Georges-Étienne Proulx, a écrit à raison que le curé Déziel «tient du gigantisme, à la fois par la force de sa personnalité et par l’envergure de ses œuvres; pasteur avant tout, fondateur et bâtisseur, il a l’étoffe des pionniers et on ne peut résister à l’admiration qu’il suscite quand on prend contact avec ce visionnaire».
À la lumière de cet héritage colossal, je soulève cette question : est-ce que les institutions actuelles traverseront aussi bien le temps que celles qu’a fondées le curé Déziel? La question est posée et seul le temps le dira. En attendant, rappelons qu’une rue porte son nom à Lévis, un carré (carré Déziel), une statue de bronze, une résidence (Résidence Déziel), un prix scolaire (les David) et une œuvre (Œuvre David-Déziel) honorent sa mémoire, bien vivante 144 ans après sa mort à Lévis.
Voilà donc un exemple inspirant qui mérite sans doute d’être revisité à chaque nouvelle génération de Lévisiennes et Lévisiens.