Par Claude Genest
Implantée sur la Rive-Sud depuis des siècles, la construction navale est un métier dangereux et il y a eu au fil du temps des blessures, sinon des décès liés à cette activité. Il convient de se souvenir d’un événement qui a coûté la vie à des ouvriers en 1919 et qui a créé instantanément une veuve avec 11 enfants. En effet, le 13 août 1919, le journal Le Soleil rapporte qu’un «terrible accident» au chantier maritime s’est produit le jour précédent, le 12 août, faisant 2 morts et 22 blessés. Que s’est-il passé?
De tout temps, les gens sont heureux lorsque leur journée de travail se termine et nos prédécesseurs ne faisaient pas exception. Comme le racontent Le Soleil et d’autres journaux de l’époque, c’est l’empressement des ouvriers de rentrer chez eux à la fin de la journée qui causa l’accident sur une passerelle à la cale sèche Champlain. Outre Le Soleil, on lit dans une feuille de l’Ouest canadien, La Liberté du 19 août 1919, qu’au terme de la journée de travail, une «cinquantaine d’ouvriers s’élancèrent en même temps sur la passerelle qui s’écroula alors que les hommes étaient parvenus au milieu. Ils furent précipités sur le sol d’une hauteur de quarante pieds». Chute brutale sur un lit de béton qui, inévitablement, cause de nombreuses blessures.
Les journaux ajoutent que la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre et on imagine sans peine l’inquiétude des mères, des épouses et des familles qui se rendirent, selon La Liberté, sur place «pour s’assurer si les leurs étaient au nombre des vivants ou des morts». Parmi les victimes, on retrouve George Béland, début trentaine de Breakeyville, qui fut tué sur le coup, laissant derrière lui une femme et 11 enfants. Drame inouï pour cet ouvrier et cette veuve instantanée dont l’histoire a oublié, à moins d’avis contraire, la suite de sa vie.
Note pour l’histoire
Dans un autre ordre d’idées, j’ajoute une note concernant l’idée d’un tunnel entre Lévis et Québec.
Certains y verront la confirmation qu’un tel projet ne se réalisera jamais et d’autres la preuve que cela fait longtemps que l’idée est dans l’air. Le rôle de l’historien est, entre autres, de rappeler les faits des autres époques. Le Quotidien du 24 décembre 1889 publie un article s’intitulant Un tunnel, maintenant. Le journal raconte que T.C. Knowles de Saint-Jean au Nouveau-Brunswick a donné avis dans la Gazette du Canada, «qu’il s’adressera au parlement fédéral, à la prochaine session, pour obtenir l’incorporation d’une compagnie désirant construire un tunnel sous le fleuve Saint-Laurent entre Québec et Lévis». La réaction du journal s’avère juste lorsqu’il souligne «Dépêchez-vous, monsieur, car tout le monde a hâte de voir ça votre tunnel». Pour l’histoire, rappelons qu’une pétition pour l’étude d’un «projet de tunnel» fut déposée au conseil de ville de Québec dès 1862, comme le rapportait Catherine Lachaussée de Radio-Canada le 6 mai 2024. D’où peut-être le scepticisme du journal.