Par Michel Martin
À l’époque, j’évoquais qu’avant la Révolution tranquille, la maîtrise de l’anglais était un préalable pour les rares esprits qui souhaitaient s’informer sur le plan économique et financier – The Montreal Gazette et son rival, maintenant défunt, The Montreal Star, étant les seules sources accessibles aux Québécois francophones qui osaient s’intéresser «aux choses d’argent». Je rappelais qu’Alfred Rouleau avait déjà relaté cette influence puritaine du Québec d’avant 1960 sur les réalités économiques, par ce conseil que lui avait prodigué un jésuite belge : «Réfléchis bien à cela, Alfred, avec un dollar, on peut faire beaucoup de mal. Mais un type comme toi pourrait sans doute faire beaucoup de bien …». Les Lévisiens savent mieux que quiconque à quel point ce conseil n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd!
L’accessibilité à l’information économique en français n’étant plus un enjeu, la question qui me trottait dans la tête après l’éclatement sur le NASDAQ de la première bulle des dotcoms (début du millénaire) demeure encore aujourd’hui pertinente : les gens sont-ils vraiment aussi préoccupés par l’économie, autant qu’ils l’expriment aux sondeurs, et est-ce plus vrai en région? Vous comprenez que si je répondais par la négative, je n’irais pas plus loin. 😉
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Il y a un dicton politique québécois qui veut qu’en 1960, le voteur avait des besoins, en 1980, l’électeur avait des attentes et depuis l’an 2000, le citoyen a des exigences. Or, je soupçonne fortement que derrière le citoyen qui signale au sondeur que l’économie est une priorité, sinon le sujet principal de ses préoccupations, se cachent aussi un contribuable et un consommateur.
Et c’est sous cet angle que je me propose de traiter des enjeux économiques dans cette chronique, car je suis persuadé – peut-être naïf aussi… – qu’un nombre sans cesse croissant de Québécois font la part des choses lorsqu’il est question du coût d’une infrastructure, de l’accessibilité à un service et de la pertinence d’une loi ou d’un règlement. Cela n’est pas sans rendre la tâche plus difficile aux politiciens pour concevoir leurs programmes, mais ça c’est une autre histoire…
Prenez, par exemple, les thèmes à la mode dans les médias, dans les revendications des groupes d’intérêt et dans les discours de la classe politique en général : accès difficile au logement, inflation et insécurité alimentaire, revenus personnels en baisse et faible croissance économique. Les demandes d’interventions gouvernementales se multiplient pour tantôt freiner l’augmentation des prix, tantôt pour sévir contre ceux qui semblent tirer profit de la situation ou tenter de sortir de la morosité ambiante.
Dans ce contexte, le citoyen va se sentir interpellé par les appels à la solidarité et au sentiment d’appartenance pour acheter davantage de produits et services locaux, mais le consommateur en lui sait qu’il y a des limites (financières personnelles et de production locale) à cette avenue, alors que son esprit de contribuable l’amènera sans doute à calmer les ardeurs de son gouvernement, prêt à user de fonds publics (fruits des taxes et impôts) pour tenter de régler une situation sur laquelle il n’a que peu ou pas de contrôle.
C’est ainsi qu’un demi-siècle plus tôt, le premier ministre libéral du Canada, Pierre-E. Trudeau, alors en situation minoritaire, appela les citoyens aux urnes en leur promettant un gel des prix et des salaires pour juguler une inflation galopante et stimuler la croissance économique. Je vous laisse le soin de revenir par vous-même sur l’histoire pour découvrir de ce qu’il est advenu de la situation des contribuables de 1974 ; et j’en profite pour avertir les consommateurs de 2026 qu’ils ne se surprennent pas si un certain premier ministre libéral du Canada, Marc Carney, aujourd’hui en situation minoritaire, appelle les citoyens aux urnes dans les prochains mois, en leur promettant une solution à toute épreuve pour venir à bout d’une inflation galopante et stimuler la croissance économique.
Cette chronique fait partie de notre section Opinions, qui favorise une pluralité d'idées. Elle reflète l'opinion de son auteur, pas celle du Journal de Lévis.