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Lettre d'opinion

Nos rues principales : des recettes gagnantes pour le Québec

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Photo : Archives - Gilles Boutin

19 déc. 2023 09:39

Nos villages et nos villes, du plus rural à la plus métropolitaine, sont plus que jamais l’aimant attracteur de nos activités quotidiennes : culturelles, estudiantines, économiques, sociales et mêmes résidentielles. Nous, élues et élus des centres-villes, souhaitons souligner le grand besoin d’investissements dans nos noyaux urbains et villageois. Sur au moins cinq aspects, investir au coeur de nos rues principales est une recette gagnante pour la société québécoise.

Note de la rédaction : Le Journal de Lévis n'endosse aucune opinion qui est partagée dans les lettres d'opinion ou ouvertes publiées dans notre section Opinions. Les opinions qui sont exprimées dans ce texte sont celles des auteurs signataires.

La rue principale, un milieu de vie complet et essentiel

Parce que devant un vaste consensus social quant à la protection des milieux naturels, le développement doit logiquement se faire… dans les milieux déjà bâtis! Il faut entrevoir la fin des constructions humaines sur les milieux naturels dont la biodiversité et dont nous avons tant besoin.

Parce que les relations interpersonnelles sont essentielles. La proximité humaine désinhibée par les villes est notre meilleur rempart contre l’isolement social, l’incompréhension réciproque et l’anonymat technologique. Il faut réussir à se côtoyer plus et mieux, alors que l’espace public est le nouveau coin café dans un monde bonifié par les retraités et les télétravailleurs.

Parce que les factures des développements éparpillés s’additionnent, allant de coûts faramineux de construction et d’entretien d’infrastructures à une inflation du transport incontrôlable tellement notre dépendance à l’auto est grande. Dérouler plus d’asphalte alors que s'accumulent les nids de poule, c’est un jeu comptable dangereux. Privilégier d’entretenir l’existant, c’est, en plus, s’occuper de nos patrimoines.

Face à un bilan carbone plombé par les transports motorisés, il faut accroître les résidents de milieux de vie où la marche est un mode de déplacement.

Cinquièmement, les avancées médicales sont actuellement freinées par des modes de vie sédentaires dans nos territoires déstructurés. La meilleure pilule à la maladie, c’est une ville santé, abordable, verte, marchable et sociable.

Un bon investissement pour toutes les régions

Toutes ces raisons militent en faveur des coeurs de nos localités qui, disons-le franchement, ont subi des décennies de manque d’amour. Pendant ce temps, notre société a tenté d'autres modèles; mais il faut en avouer les limites. Par exemple, les pôles commerciaux périphériques érigés en mers d’asphalte et de tôle. Ces espaces ségrégés, inmarchables et imperméables entraînent de nombreux coûts collectifs importants, notamment pour les municipalités. Plus récemment, la tendance à promouvoir le télétravail peut inquiéter quant à la capacité à faire fleurir des commerces de proximité!

La recette gagnante de la rue principale est une clé, tant pour les villes que les noyaux villageois ! Durant la pandémie, le gouvernement a investi des sommes de relance dans certains centres-villes. Cela a permis de bons résultats, mais ponctuels et les besoins sont toujours là! Le gouvernement du Québec doit lancer un programme des centralités, avec minimalement cinq orientations : localisation exemplaire des édifices publics, enveloppe pour la dynamisation des services de proximité, de gros investissements en décontamination et requalification, un effort logement et mixité sans précédent et la poursuite de l’animation événementielle et culturelle telle que soutenue durant la pandémie.

Il y a là plein d’avenues à consolider (on assume le jeu de mots), ne serait-ce que pour mettre en œuvre la politique Mieux habiter et bâtir notre territoire, les orientations en aménagement ou faciliter l’atteinte de nos objectifs de mobilité durable. Par exemple, conjuguer cette revitalisation avec la volonté de décentralisation administrative vers les régions, qui se fera par des choix centraux de localisation pour les emplois et édifices publics. Investir judicieusement les 470 millions du pacte fiscal pour les services de proximité, pour multiplier les retombées et s’assurer que des municipalités de tailles diverses en profitent. Assumer les créneaux de spécialisations économiques propres à chaque milieu. Agir en partenaire des municipalités qui sont les meilleurs acteurs terrain du développement urbain local.

Nous souhaitons un plan et du financement gouvernemental qui investit pour le redéveloppement urbain. Comprenant par exemple des sommes pour dynamiser et revitaliser les rues principales, décontaminer et requalifier les sites commerciaux et industriels vieillissants, permettre l’animation culturelle des places publiques rassembleuses, vertes et de proximité. Sans oublier le logement, avec des moyens et des pouvoirs habilitants encore plus volontaires pour les centralités et leur caractère dense et mixte. L’objectif? Que les centres soient des milieux de vie exemplaires pour tous les âges et tous les moyens. Mettons du coeur dans nos coeurs de villes et villages Remplacer l’éparpillement des investissements publics (et privés!) par une action concertée pour revamper les coeurs de villes et leurs rues principales est une des meilleures oeuvres qu’on peut faire en aménagement du territoire. C’est une action locale et un programme économique national. Nous prenons la plume aujourd’hui parce que nos rues principales demeureront des aimants chacun dans nos régions, avec pleins de bénéfices à la clé.

Philippe Cousineau Morin, conseiller municipal, Ville de Rimouski

Raïs Kibonge, conseiller municipal, Ville de Sherbrooke

Catherine Lassonde, conseillère municipale, Ville de Drummondville

Frédéric Tremblay, conseiller municipal, Ville d’Alma

Jacinthe Campagna, conseillère municipale, Ville de Shawinigan

Dany Carpentier, conseiller municipal, Ville de Trois-Rivières

Jean Junior Désormeaux, conseiller municipal, Ville de Saint-Jérôme

Benjamin Turcotte, conseiller municipal, Ville de Val-d’Or

Alexandre Fallu, conseiller municipal, Ville de Lévis

Steve Moran, conseiller municipal, Ville de Gatineau

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