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Décès d’une octogénaire «dans l’indignité» à l’Hôtel-Dieu de Lévis : le ministre veut des explications

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Photo : Gilles Boutin - Archives

02 mars 2023 11:09

Quelques heures après la parution d’un article du Journal de Québec relatant le décès de Gilberte Gosselin dans des «circonstances inacceptables» à l’Hôtel-Dieu de Lévis selon ses proches, le cabinet du ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, a fait savoir qu’il veut des réponses, le 2 mars.

«Les faits sont troublants et inacceptables. Ça ne représente pas du tout les soins qu’on doit offrir aux Québécois dans l’ensemble de nos établissements de santé. Nous avons une pensée pour la famille touchée qui vit actuellement des moments difficiles. Nous avons demandé des explications au CISSS de Chaudière-Appalaches (CISSS-CA) et on va s’assurer qu’une analyse complète soit réalisée», peut-on d’emblée lire dans une déclaration écrite transmise par l’attaché de presse du ministre.

Du même souffle, l’équipe de Christian Dubé a indiqué qu’il a demandé au ministère de la Santé et des Services sociaux «de suivre ces démarches de près afin de comprendre ce qui s’est passé et d’accompagner le CISSS-CA dans la mise en place des mesures requises» comme «des situations comme ça ne doivent pas arriver».

Le cabinet de Christian Dubé a également argué que le gouvernement provincial pose «des gestes importants pour améliorer les choses dans notre réseau de la santé, car on le sait qu’il y a urgence d’agir».

Un dernier passage à l’hôpital dans des «conditions inacceptables»

Rappelons que le Journal de Québec a publié, dans son édition du 2 mars, les témoignages de la fille de Gilberte Gosselin, Sylvie Berthiaume, et de sa petite-fille, Véronique Labonté, en lien avec le décès de la dame de 86 ans.

Admise à l’urgence de l’Hôtel-Dieu de Lévis le 21 février à la suite d’une fracture à la hanche, Gilberte Gosselin aurait vécu ses deux derniers jours dans un «climat toxique» et «totalement inhumain», selon ses proches.

À la suite de son hospitalisation, un orthopédiste aurait proposé une chirurgie de la hanche à la famille. Toutefois, l’état de santé de Mme Gosselin se serait détérioré après sa première nuit à l’urgence et un médecin aurait annoncé à la famille qu’elle était en fin de vie. Comme l’octogénaire était alitée dans un corridor de l’urgence, une demande aurait été faite pour qu’elle soit transférée dans une chambre pour qu’elle puisse vivre ses derniers moments dans plus d’intimité avec ses proches.

Cependant, Gilberte Gosselin n’aurait été transférée que dans d’autres secteurs de l’urgence, munis de rideaux. De plus, elle aurait été nettoyée d’une selle qu’après plusieurs heures et aucune nourriture ou boisson ne lui aurait été offert pendant une bonne partie de son séjour à l’hôpital, ont soutenu ses proches dans l’article du Journal de Québec.

Situation critique et analyses en cours

Invité à réagir par le Journal à cette affaire, le CISSS-CA, par l'entremise de sa porte-parole Mireille Gaudreau, a d'abord tenu à souligner qu'il «s'agissait d'un événement bien triste et qu'il offre toutes ses sincères condoléances à la famille et aux proches de la dame».

Si l'organisation ne peut commenter directement la situation vécue par Gilberte Gosselin en raison des normes de confidentialité prévues à la Loi sur les services de santé et les services sociaux, le CISSS-CA a tenu à présenter des éléments de contexte. L'organisation a notamment soutenu qu'elle faisait face à une importante vague d'hospitalisations à l'Hôtel-Dieu de Lévis la semaine dernière.

«Pour les transferts de l'urgence vers nos unités d'hospitalisation aux étages, les usagers sont priorisés en tenant compte notamment du niveau de leur état de santé, de la durée de temps où ils sont couchés sur une civière de l'urgence ou de leur ordre d'arrivée à l'urgence, le tout géré avec un principe d'équité. En cours de semaine dernière, la situation qui avait cours à l'Hôtel-Dieu de Lévis, entre le 20 février et le 23 février, à la fois à l'urgence de l'hôpital et aux étages dans nos unités de soins, était une situation de surcharge. Nous avons reçu des usagers vraiment malades, avec entre 30 à 40 personnes hospitalisées à l'urgence en attente d'être montés aux étages et entre 48 et 68 patients au total sur civière pendant cette période. Nous avons même ouvert nos lits de débordement de l'urgence pour fournir à la demande. Dans le reste de l'hôpital, tous les autres lits étaient aussi complets», a expliqué la porte-parole du CISSS-CA.

Du même souffle, Mireille Gaudreau a rappelé que malgré ce débordement, les équipes «continuent d'assurer tous les suivis nécessaires auprès de chacun des usagers hospitalisés» et que des plans de match sont déjà en place en ce qui a trait à l'alimentation, l'évacuation de l'urine et des selles ainsi que le positionnement de la civière des patients.

«En continu, notamment lorsque nos hôpitaux sont en débordements importants comme on l'a connu la semaine dernière à l'Hôtel-Dieu de Lévis, nous travaillons à gérer de façon optimale, les séjours des usagers à l'hôpital. Cela implique de planifier le moment du départ avec un plan déterminé à l'avance d'où ira l'usager à sa sortie, en collaboration avec ce dernier et ses proches, quand son hospitalisation ne sera plus requise, un temps d'observation médical optimisé et sécuritaire des usagers hospitalisés. Cela permet alors de libérer des lits pour d'autres personnes en attente à l'urgence, d'être hospitalisée dans une unité de soins aux étages», a ajouté Mme Gaudreau.

La porte-parole du CISSS-CA a déclaré que les événements entourant le décès de Gilberte Gosselin font l'objet d'une analyse par le service de gestion des risques du CISSS-CA et que la commissaire aux plaintes de l'établissement a aussi été sollicitée à ce sujet. De plus, l'organisation collaborera à une enquête du coroner si la mort de l'octogénaire provoquait le lancement de cette démarche, comme elle l'a fait auparavant. Le CISSS-CA s'est aussi engagé à appliquer les recommandations qui pourraient être adressés à l'établissement par ces divers intervenants, le cas échéant.


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