CRÉDIT : COURTOISIE

Madame la Ministre, Le Groupe d’initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM) et la Société du Vieux Bourg de Saint-Michel, se sont associés récemment dans ce projet visant à assurer la pérennité du presbytère patrimonial et du cœur institutionnel de Saint-Michel-de-Bellechasse.

À cet effet, le 17 novembre 2020, nous vous avons acheminé une demande de classement, accompagnée d’un dossier justificatif complet, afin que votre ministère attribue un statut d’immeuble patrimonial au presbytère de 1739 et de site patrimonial à l’enclos paroissial, y compris l’église et le cimetière.

Depuis, mis à part, un accusé de réception, nous n’avons eu aucune nouvelle concernant cette proposition que nous jugeons des plus fondées et des plus pertinentes.

Depuis ladite demande, des éléments nouveaux, augmentant les risques sur le bâtiment et le site, nous incitent à revenir à la charge, car il y a urgence, entre autres, pour les raisons suivantes :

- Le 8 décembre 2020, le maire et trois conseillers sur sept ont voté pour le départ des occupants (Fabrique Saint-Benoit-de-Bellechasse et Les Cimetières des seigneuries de Bellechasse), présumément par frustration ou revanche, parce que la Fabrique ne voulait pas rouvrir l’entente et les conditions de vente liées au contrat d’achat de la municipalité en 2017;

La date limite donnée aux organismes pour libérer le presbytère a été fixée au 17 février 2021, et cela, sans possibilité de délai, tel que demandé par les corporations concernées. Cela signifie qu’à compter de cette date, le bâtiment sera totalement inoccupé avec les risques inhérents concernant les bâtiments patrimoniaux à l’abandon. On n’a pas besoin de donner des exemples;

- Depuis quelques semaines, les terrains du presbytère sont utilisés comme dépôt à neige contrevenant aux règles environnementales et esthétiques en usage dans un cœur de village. On a l’impression que certains décideurs ont trouvé ce moyen pour exprimer leur mépris à l’égard de ce patrimoine;

- La population de Saint-Michel et plusieurs organismes du milieu souhaitent réaffecter le presbytère et les terrains avoisinants à une vocation socio-culturelle et touristique dans le respect de la valeur historique du lieu, et cela, en conservant la propriété publique. Un sondage et une consultation, faits sur l’initiative de la conseillère Sylvie Lauzon, l’ont démontré;

Des membres du conseils actuels, de par leurs agissements (absence d’entretien du bâtiment, évacuation des organismes occupants sans justification exprimée clairement) semblent plutôt favoriser la privatisation du site par une éventuelle vente en vue de développer le site pour des fonctions qui pourraient être résidentielles ou commerciales. Cela reste hypothétique, car, jusqu’à présent, aucune raison n’a été donnée par le maire, Éric Tessier, pour chasser les occupants traditionnels, notamment, la Fabrique qui occupe ce bâtiment depuis 282 ans. Toutefois, soulignons que le zonage actuel est commercial; tout pour conduire à des aberrations d’aménagement par un éventuel acquéreur ou promoteur autour du précieux site patrimonial, et cela, à courte échéance.

Cela démontre, à quelques exceptions près, que les municipalités ne sont pas aptes à protéger notre patrimoine national. Il suffit que quelques élus peu sensibles au patrimoine — plus enclins à s’en débarrasser qu’à le protéger — pour que des sites de grande valeur, comme celui du cœur institutionnel de Saint-Michel, risquent de disparaître ou d’être altérer de manière irréversible.

On n’est pas les seuls à croire que la gestion du patrimoine québécois par les municipalités sans encadrement national n’est pas appropriée. Cela vient d‘être confirmée à nouveau par deux spécialistes du patrimoine, M. Joyal et Mme Lambert, lesquels, dans une récente opinion parue dans Le Devoir du 9 février 2021, affirment que «les municipalités et les villes sont en conflit d’intérêts patent vis-à-vis du patrimoine : elles ont intérêt à faire maison nette pour laisser toute la place au développement poussé par les promoteurs, pour une raison bien simple, soit pour en retirer des taxes additionnelles et se débarrasser d’un poids financier».

Madame la Ministre, devant ces faits troublants, vous comprendrez qu’un avis d’intention de classement en vertu de l’article 30 de la Loi sur le patrimoine culturel se fait pressant. Les défenseurs du patrimoine, la population locale et plusieurs anciens maires, tous très attachés à ce patrimoine exceptionnel, sont très inquiets des intentions et des décisions futures du Conseil municipal au cours des prochains mois, concernant ce presbytère unique en Amérique.

Nous espérons, madame la Ministre, que toutes les raisons évoquées dans la présente suffiront à démontrer l’urgence d’une intervention de votre part en vertu de la Loi du patrimoine culturel. Il s’agit d’un autre cas, où l’application du principe de précaution et de protection du patrimoine doit obligatoirement venir de votre ministère, d’autant plus qu’il s’agit d’un bien de valeur nationale.

Espérant que vous accueillerez favorablement ce rappel de notre demande d’avis d’intention de classement qui visent à reconnaitre sur le plan national cet immeuble et ce site à leur juste valeur historique et patrimoniale. 

Acceptez, Madame la Ministre, nos salutations les plus distinguées 

Gaston Cadrin, vice-président au patrimoine et à l’environnement (GIRAM)

Nathalie Lessard, présidente, La Société du Vieux Bourg de Saint-Michel

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