Par Catherine Boismenu
Bref, j’ai une nouvelle cliente qui m’écrit. Elle a subi une intervention chirurgicale. Souvent, les gens sont assis ou couchés, mais dans sa situation, s’asseoir était douloureux et se pencher vers l’avant aussi.
Elle avait besoin d’une coloration avec des mèches. Je ne veux pas entrer dans le côté technique du métier, mais dans cette situation, je devais utiliser un décolorant à la racine et travailler les longueurs, car je faisais une correction de couleur à quelques endroits et je devais aussi pâlir la racine. Quand on utilise des produits chimiques, on doit toujours bien rincer et faire un shampoing pour enlever tous les produits.
En salon de coiffure, les lavabos sont adaptés avec des chaises inclinables. À domicile, je dois m’adapter à l’environnement de la maison. Option numéro un : rincer au lavabo de la cuisine. Mais on craignait que ce soit trop douloureux pour elle.
Chez elle, il y avait une immense douche… le genre de douche à rendre jalouse : assez grande pour être cinq personnes, de la place pour tous tes shampoings, revitalisants, savons… bref, la douche de rêve.
Et là, nous vient la bonne idée. Oui oui, l’idée ne vient pas juste de moi. Alors on se dit :
«Super, on rince dans la douche.»
Vu que c’est plus difficile de rincer la tête vers l’avant… check l’idée de marde qu’on a eue. Je tiens à dire que c’était sécuritaire. Elle ne pouvait pas tomber. On a pris un petit escabeau, elle était bien appuyée et l’escabeau aussi, la tête vers l’arrière. La posture pour le rinçage était parfaite, sécuritaire pour nous deux et sans aucun mal pour elle.
Mais le problème, c’est que je savais que j’allais être mouillée. C’était écrit dans le ciel. J’avais prévu le coup : j’enlève mes bas, je monte mes leggings jusqu’aux genoux, j’ai mon tablier… tout va bien. Sauf que j’ai deux sortes de tabliers : un ben cute, en tissu léger, et un autre plus plastique. Ben oui… devine lequel j’avais apporté? Le cute!
Avec la poignée de douche, le jet était dirigé vers le mur de céramique pour rincer sécuritairement, sans faire glisser la cliente et sans lui envoyer de l’eau dans les yeux. Résultat : toute l’eau éclaboussait sur moi. Pas juste aux pieds… de la taille jusqu’aux pieds.
Résultat final : j’étais plus mouillée que ma cliente.
Et c’est là que j’ai dit :
«J’ai jamais pensé qu’un jour j’allais prendre une douche avec une femme…»
Et elle me répond :
«En plus, prendre une douche habillée!»
(rire)
Mais la fois d’après, on a été capables de rincer au lavabo de la cuisine.
C’est ça, des fois, la coiffure à domicile c’est être créative. Ce n’est pas toujours winner, mais il faut apprendre à s’adapter. Peut-être qu’on aurait pu faire autrement, mais ma cliente a choisi le confort plutôt que la souffrance de rincer au lavabo de la cuisine.
Cette chronique est inspirée de moments réels vécus dans mon quotidien de coiffeuse à domicile. Par respect pour mes clientes, les noms et certains détails ont été modifiés.
Je suis Catherine Boismenu, entrepreneure et fondatrice d’Atmosphère Catherine Inc., une entreprise de services à domicile en coiffure, massothérapie, esthétique et entretien ménager.
J’ai choisi d’écrire mes aventures de coiffeuse à domicile parce que ce métier m’a amenée dans l’intimité du quotidien des gens, là où se vivent de vraies histoires, simples et humaines. Chaque rendez-vous est différent, chaque rencontre m’apporte une réflexion, une émotion ou une leçon de vie.
Après plusieurs années en salon, puis comme représentante sur la route, c’est la pandémie qui m’a poussée à repenser ma façon de travailler et à me rapprocher encore plus des gens. Le service à domicile s’est imposé comme une évidence, autant pour sa simplicité que pour la richesse des échanges qu’il permet.
À travers cette chronique, je souhaite partager ces moments du quotidien, ces petites aventures humaines qui se cachent derrière une coupe de cheveux, un soin ou une conversation, et montrer à quel point le bien-être passe aussi par la simplicité et la présence.
Cette chronique fait partie de notre section Opinions, qui favorise une pluralité d'idées. Elle reflète l'opinion de son auteur, pas celle du Journal de Lévis.