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Chronique du CISSS-CA

Briser les murs de l’âge : et si l’âgisme nous concernait tous?

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02 juil. 2026 03:51

Un mardi matin ordinaire, dans un café Lévisien, Madame Lavoie sourit timidement à Yan, un employé qui lui sert son latté. « Installez-vous, ma p’tite madame », lui lance-t-il gentiment. Elle hésite, puis s’assoit près de la fenêtre. Elle a 72 ans, elle est encore active, curieuse, engagée… mais cette simple expression lui rappelle, sans le vouloir, qu’on la perçoit d’abord par son âge.

Par Julie Forgues, agente de planification, de programmation et recherche  au Centre intégré de santé et de services sociaux de Chaudière-Appalaches.

Ce petit moment du quotidien illustre bien une réalité de plus en plus discutée : l’âgisme. Mais qu’est-ce que cela signifie? L’âgisme, c’est le fait de traiter quelqu’un différemment uniquement en raison de son âge. Cela peut se traduire par des paroles, des gestes, des blagues, ou encore des décisions prises sans inclure la personne concernée. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, il ne touche pas seulement les aînés : les jeunes peuvent aussi en être victimes.

Ce qui rend l’âgisme particulièrement insidieux, c’est qu’il est souvent banalisé. On plaisante, on catégorise, on décide « pour le bien » des autres… sans toujours réaliser les conséquences. Pourtant, elles sont bien réelles : isolement, perte d’estime de soi, diminution du bien-être et même des impacts sur la santé mentale et cognitive.

Prenons Jean, 67 ans, passionné d’informatique. Il a envie de suivre une formation sur les nouvelles technologies, mais il y renonce. Non pas parce qu’il ne peut pas, mais parce qu’il croit qu’il ne devrait pas à cause de son âge. C’est là que l’âgisme devient encore plus pernicieux : lorsqu’il est intériorisé. On parle alors d’autoâgisme. On finit par croire ce que l’on entend, ça devient à l’intérieur de nous.

L’autoâgisme, c’est cette petite voix qui murmure : « Je suis trop vieux pour ça. » Elle pousse à se retirer, à ne plus essayer, à se limiter soi-même. Une personne peut renoncer à un emploi qu’elle aime, à un nouveau loisir ou même à apprendre à utiliser un téléphone intelligent, uniquement parce qu’elle pense ne plus être « à la hauteur ». Résultat : des occasions de plaisir, de participation et d’épanouissement qui disparaissent inutilement.

Dans les familles aussi, l’âgisme peut se glisser discrètement. Décider d’un déménagement sans consulter un parent âgé. Ne pas lui expliquer certains choix, sous prétexte qu’il « ne comprendra pas ». À force, la personne peut se sentir mise à l’écart, comme si sa voix comptait moins. On oublie alors une vérité essentielle : les personnes aînées sont des adultes à part entière, capables de réfléchir, de choisir et d’apporter un éclairage précieux grâce à leur expérience.

Comment changer les choses?

Tout commence par une prise de conscience. Se questionner sur ses propres perceptions : est-ce que je traite quelqu’un différemment à cause de son âge? Est-ce que j’entretiens des préjugés, sans même m’en rendre compte?

Il s’agit aussi d’écouter, de faire de la place à la parole des autres, et d’adapter nos interactions lorsque c’est nécessaire, sans jamais diminuer l’autre. Inclure quelqu’un dans une discussion, lui expliquer les choses clairement, lui demander son avis : ce sont des gestes simples, mais respectueux.

Et surtout, il faut multiplier les occasions de rencontres entre générations. Les échanges intergénérationnels permettent de déconstruire les stéréotypes, de créer des liens et d’enrichir tout le monde. Car vieillir, ce n’est pas devenir inutile. C’est accumuler des savoirs, des expériences, des histoires qui méritent d’être partagées.

Revenons à Madame Lavoie et à Yan, l’employé du café. Cette fois, quelque chose a changé. Yan prend un instant, la regarde, et l’appelle par son nom : « Madame Lavoie ». La conversation s’installe. Ils échangent et rient de bon coeur. Peu à peu, le regard se transforme. Il n’y a plus « une dame âgée » devant lui, mais une personne, avec son histoire, ses idées, son humour.

Briser les murs de l’âge, c’est peut-être ça, au fond : se rencontrer au-delà des années.

Pour en savoir plus : cisssca.com/agisme

Cette chronique fait partie de notre section Opinions, qui favorise une pluralité d'idées. Elle reflète l'opinion de son auteur, pas celle du Journal de Lévis.

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