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Le fait d'envisager la vente du terrain des frères des écoles chrétiennes sur le littoral du fleuve à Saint-Nicolas, judicieusement acquis par vos prédécesseurs, me rappelle d'éprouvants souvenirs. ll est inimaginable qu'on livre encore de nos jours nos rares espaces naturels en pâture aux promoteurs et aux démolisseurs, une richesse qu'on ne pourra à tout jamais récupérer. L'absence de vision à long terme, et dans une plus large mesure, l'absence d'une mise en valeur du territoire publique favorisent honteusement la disparition de nos plus beaux espaces et paysages et cela, à coups d'arguments
économiques. Ces décisions irréversibles ne sont-elles pas une grave omission, celle de léguer à chaque génération un héritage authentique?
On ignore la beauté, on saccage, et les intérêts privés, créant leur fortune en dénaturant notre milieu, en profitent allègrement, puis on tente de camoufler son impertinence en affublant ces nouveaux
aménagements résidentiels de noms génériques comme «Le Domaine de..., le Boisé de.., le Jardin de... les Terrasses de...». L'imagination n'a pas de limite et on vend la joie de vivre et des expériences
d'habitation dans des tours aux volumétries discordantes, éparpillées sans vergogne partout dans notre paysage, offrant les uns des autres un charme aérien incomparable. Pire encore, on démolit ou
on laisse dépérir des bâtiments historiques pour construire du neuf et on se gargarise avec d'émouvants rappels patrimoniaux prétendant perpétuer notre richesse historique.
Le terrain des frères constitue sans équivoque un héritage collectif d'une grande valeur patrimoniale et historique. Qui plus est, sur 15 kilomètres de rives à Saint-Nicolas, il est le seul endroit encore
accessible aux citoyens du secteur ouest. C'est là qu'on trouve l'ancien quai Baker, principal point d'échange entre les localités voisines et Québec étant aussi le point de départ du chemin Craig vers Boston. Le village de Saint-Nicolas, à proximité du terrain convoité, a connu son apogée étant directement relié aux activités fluviales; voilà un riche lien historique entre la population et le Saint-Laurent.
Vendre ce terrain à des intérêts privés c'est renoncer à une vision collective déjà reconnue par vos prédécesseurs et vous nous priveriez irrémédiablement d'un des plus beaux accès au fleuve tout en compromettant un site exceptionnel autant sur les plans environnemental, patrimonial et récréatif. La responsabilité d'une Ville est de préserver nos plus beaux espaces et non pas de les céder au plus
offrant.
ll me reste un espoir puisque je ne mets pas en doute votre clairvoyance. Dès lors, je demeure convaincu que vous et votre conseil privilégierez la conservation de ce rare patrimoine collectif encore accessible aux concitoyens du secteur ouest.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Maire, I'expression de mes sentiments les plus respectueux.
Par Jacques Demers, président des Amis du Parc-des-Chutes-de-la-Chaudière