Note de la rédaction : Le Journal de Lévis/Le Peuple Lotbinière n'endosse aucune opinion qui est partagée dans les lettres d'opinion ou ouvertes publiées dans notre section Opinions. Les opinions qui sont exprimées dans ce texte sont celles des auteurs signataires.
Visiblement, un changement de cap s’impose! Il y a douze ans, j'entrais à l'Assemblée nationale en tant que jeune, à l'invitation du directeur général de mon CJE. L'enjeu était urgent et concret : un changement majeur dans le financement des services publics d'aide à l'emploi menaçait l'accès aux services pour des milliers de personnes.
12 ans plus tard, c’est à titre de directeur général d’un CJE que j’ai invité trois jeunes à l’Assemblée nationale le 13 mai dernier. Kassandra, Jean-Sébastien et Samuel ont, à leur tour, porté la voix des jeunes du Québec. Cette fois, c'est leur voix qui a résonné dans ces couloirs.
12 ans plus tard les choses ne semblent pas s’être amélioré. L’enjeu n’est plus sectoriel, mais générationnel. Le rapport MaVoixCompte 2026, issu de la consultation de plus de 6 000 jeunes à travers tout le Québec est clair : les jeunes vivent davantage de précarité et d’anxiété face à l’avenir.
Ils sont lucides mais deviennent de plus en plus cynique. Or, leur cynisme n'est pas un problème de jeunesse. C’est un diagnostic sur nos institutions, qui ont laissé le lien de confiance avec une génération entière se rompre. Hier, ils se sentaient écoutées. Aujourd’hui, ils se sentent invisibles.
87,7 % n'ont pas le sentiment d'avoir un grand impact sur la société.
80 % n'ont pas confiance en leur avenir.
19 % ont de la difficulté à accéder à une nourriture de qualité en quantité suffisante.
Ces chiffres ne décrivent pas une génération indifférente à la chose publique. Ils sont plutôt le reflet de quelque chose de plus grave : une génération entière doute encore que sa voix puisse changer quoi que ce soit.
À l'aube d'une élection, ce doute est le signal d'alarme le plus sérieux que le Québec puisse recevoir. Parce qu'une génération qui perd confiance dans les institutions ne disparaît pas, elle se radicalise ou elle se retire. Dans les deux cas, c’est un échec collectif.
En 2026, force est de constater que les jeunes sont davantage sur le menu qu'à la table des décisions. Pour les jeunes, l’avenir c’est maintenant. Pour la classe politique, il est temps d’agir…
La prochaine campagne électorale sera générationnelle. Les partis politiques qui l'auront compris proposeront des engagements concrets qui touchent des jeunes de plus en plus affectés par les politiques publiques. Des solutions simples et à peu de coût existent, comme une clause d’impact jeunesse pour chaque politique publique ou un comité aviseur jeunesse indépendant et transpartisan.
Il y a douze ans, ma voix a compté parce que quelqu'un a cru qu'elle méritait d'être entendue. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de se demander si les jeunes ont quelque chose à dire. La vraie question est celle-ci : aurons-nous, collectivement, le courage de faire en sorte que leur voix compte?
Pour consulter le rapport Ma voix compte : www.trajectoireemploi.com/mavoixcompte.
Kevin Lacasse
Directeur général de Trajectoire-emploi